Le jour de mon anniversaire, mes parents m’ont envoyé des chocolats artisanaux. Le lendemain, ils m’ont appelée, la voix tremblante, pour me demander si je les avais aimés. J’ai répondu que je les…

Le jour de mon anniversaire, mes parents m'ont envoyé des chocolats artisanaux. Le lendemain, ils m'ont appelée, la voix tremblante, pour me demander si je les avais aimés. J'ai répondu que je les...

Mes parents m’ont envoyé une boîte de chocolats artisanaux pour mon anniversaire. Un geste attentionné, n’est-ce pas ? Le lendemain, ils m’ont appelé, la voix tremblante, avec ma sœur, pour me demander si j’avais aimé les chocolats. J’ai souri et j’ai dit : « Oh, je les ai donnés à ma petite sœur Soline et aux enfants de Marjorie.

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Ils adorent les sucreries. »

Toutes les trois se sont soudainement tues au téléphone. Un silence de mort, lourd, terrifiant. Puis elles ont hurlé en même temps, un cri qui me glace encore le sang.

« Qu’est-ce que tu as fait ? » J’ai froncé les sourcils, confuse. Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Je ne savais pas encore que je venais de signer l’arrêt de mort des seules personnes que j’aimais. Avant de plonger dans cette histoire sombre qui se déroule dans les rues les plus vieilles de Nantes, je m’appelle Sidonie, j’ai 35 ans et je suis gémologue. Mon métier consiste à examiner des pierres précieuses au microscope pour déterminer leur valeur, mais surtout pour trouver leurs défauts. Les inclusions, les fissures, les impuretés invisibles à l’œil nu.

On dit souvent que les pierres sont éternelles, mais c’est faux. Tout peut se briser si l’on tape au bon endroit. J’ai appris très tôt que les humains sont exactement comme les émeraudes. Plus ils brillent en surface, plus ils cachent de fractures à l’intérieur.

Je vis seule dans un appartement moderne sur l’île de Nantes, avec une vue imprenable sur la Loire grise et mélancolique. C’est un choix. Je me suis éloignée de ma famille il y a dix ans. Mes parents.

Maman, Bernadette. Papa. Je me souviens du jour où j’ai découvert la vérité. L’analyse des vomissements de Soline a révélé une odeur caractéristique d’amande amère.

Les symptômes, cette rigidité musculaire, ces spasmes, ressemblaient à de la strychnine. Un poison violent, autrefois utilisé pour tuer les rats. Le moniteur cardiaque de Soline a émis un long bip continu. Ils ont changé les serrures il y a deux ans après une dispute, mais je connaissais le code du garage, la date de naissance de Soline.

Je suis entrée. J’ai trouvé une facture, mais pas pour de la strychnine pure. C’est trop surveillé. De la strychnine.

Oui. J’avais envoyé un SMS d’urgence à mon ami au labo avant d’entrer, lui demandant d’appeler la police à cette adresse s’il n’avait pas de mes nouvelles dans les vingt minutes. Des notifications. Facebook, Twitter, Instagram.

Elle a demandé à voir le juge d’instruction. Le maximum pour Marjorie : dix-huit ans de prison pour complicité de tentatives d’assassinat et non-assistance à personne en danger. Je suis restée là, figée. La maison sentait le renfermé et l’alcool.

Ma sœur Marjorie, la cadette, était là, les yeux rouges, les mains tremblantes. « C’est toi qui as fait ça, n’est-ce pas ? » a-t-elle murmuré. Je n’ai rien dit.

J’ai juste regardé l’horloge murale, qui battait au ralenti. Je me souvenais de notre enfance. Des jeux dans le jardin, des fêtes d’anniversaire. Des chuchotements derrière les portes.

Mes parents préféraient Marjorie. C’était évident. Ils lui donnaient tout, à moi rien. J’ai grandi en les observant, en cherchant les fissures, les défauts, comme dans mes pierres.

Puis un jour, j’ai trouvé la faille. Un papier dans le bureau de mon père. Une police d’assurance-vie à mon nom, souscrite il y a des années. Une somme énorme.

J’ai compris. Ils attendaient que je meure. Mais je n’étais pas morte, j’avais juste disparu. Alors ils ont décidé de m’envoyer des chocolats, empoisonnés.

Je me suis tournée vers Marjorie. « Pourquoi ? » ai-je demandé. Elle a pleuré.

« Papa et maman ont dit que tu étais la seule qui les gênait. Ta réussite les rendait fous. Ils voulaient tout prendre. »

Je suis partie sans me retourner.

La police est arrivée en trombe. Les sirènes résonnaient dans la rue étroite. J’ai vu Marjorie être menottée, mes parents hurlant des insultes derrière les vitres de leur chambre. Je n’ai pas pleuré.

J’ai essuyé mes mains, pleines d’éclats de verre d’une vitrine que j’avais brisée en cherchant des preuves. Je me suis souvenue des yeux de Soline, innocents, qui adoraient ces chocolats. Et j’ai compris la leçon que je connaissais déjà : les humains, comme les pierres, ont toujours des défauts invisibles. Parfois, on les découvre trop tard.

Maintenant, je vis avec cette certitude. Ma famille a essayé de me tuer, mais c’est eux qui ont tout perdu. Je les observe de loin, à travers les vitres de mon appartement, et je sais que je ne leur pardonnerai jamais.

Et quelque part, ça me suffit.