«Personne ne viendra avant le jour» — Comment les légionnaires français ont brisé un régiment

«Personne ne viendra avant le jour» — Comment les légionnaires français ont brisé un régiment

La 5e compagnie du 2e bataillon de la 13e demi-brigade de Légion étrangère tenait la hauteur de Xom Féo, un verrou de terre et de rondins qui commandait la route coloniale 6, l’unique artère terrestre entre le delta du fleuve Rouge et la ville de Hoa Binh. Dans la nuit du 7 au 8 janvier 1952, l’infanterie du Vietminh traversa le champ de mines sans qu’une seule charge parte. Les hommes progressèrent à plat ventre, écartèrent les fils à la main et balisèrent les couloirs derrière eux pour les vagues suivantes.

Le point d’appui était tenu par la même unité qui avait enlevé Narvik en 1940 et tenu Bir Hakeim en 1942. Quand les premières sections vietminh atteignirent les réseaux de barbelés, aucune sentinelle n’avait encore ouvert le feu. Les torpilles Bangalore et les charges de Tolite partirent ensemble sur toute la face nord de la position.

Les Bangalors ouvrirent des couloirs dans les barbelés. Les charges soufflèrent les blockhaus de la 5e compagnie l’un après l’autre par les embrasures et par les toits. Le régiment qui montait appartenait à la 308e division, la grande unité que le général Giap engageait quand il voulait un résultat dans la nuit même.

Derrière la première vague, deux autres attendaient. Les brèches s’allongèrent sur la pente à 30 mètres des réseaux. La 5e compagnie perdit ses positions avancées dans le premier quart d’heure.

Le combat passa dans les tranchées de communication. À cette distance, les mortiers et les mitrailleuses du bataillon ne servaient plus à rien et les légionnaires tirèrent au pistolet mitrailleur MAT 49 et à la grenade dans des boyaux d’un mètre soixante de profondeur. Les assaillants nettoyaient les abris à la charge explosive, jetaient un paquet de Tolite dans l’embrasure et passaient au suivant sans attendre le résultat.

Le poste de commandement de la compagnie fut atteint pendant cette phase, ce qui coupa la liaison radio entre la crête et les sections engagées en contrebas. La moitié du point d’appui changea de main avant le milieu de la nuit. Les cadres tombèrent dans le même mouvement.

Les officiers et les sous-officiers de la compagnie engagée furent touchés en nombre, les uns dans les abris, les autres en tentant de rétablir le contact entre deux sections coupées l’une de l’autre. Dans une compagnie de Légion, l’encadrement est la charnière de tout le système de feu. Il commande les tirs croisés, les repliements et les contre-attaques locales.

Et cette charnière céda en moins d’une heure. Ce qui restait des sections se replia sur la partie haute tenue au mortier de 81 et compta ses chargeurs. Aucun secours ne pouvait monter avant le jour.

La route coloniale 6 était coupée et minée de nuit sur plusieurs tronçons. Les groupes mobiles stationnaient à des heures de piste et l’artillerie de soutien pouvait battre les abords de la hauteur sans jamais nettoyer une tranchée occupée. Une colonne de secours engagée sur cet axe dans le noir n’aurait pas atteint la position et tout le monde le savait des deux côtés des barbelés.

Les blessés furent rassemblés derrière la ligne de crête à même la terre sous une pluie fine de janvier. Les légionnaires qui tenaient encore le haut du point d’appui mirent la baïonnette au canon. Deux mois plus tôt, cette hauteur ne comptait pour personne.

Le 10 novembre 1951, l’armée française avait déclenché l’opération Tulipe pour dépasser la route provinciale 21 et ouvrir la direction du sud-ouest. Le premier bataillon étranger de parachutistes avait fait sa jonction à l’ouest de Cho Ben. Les groupes mobiles étaient montés du sud et de l’est et le Vietminh avait lâché la passe après quelques heures de combat.

Le 14 novembre, trois bataillons de parachutistes coloniaux sautèrent sur Hoa Binh et prirent la ville presque sans coups de feu. La cité était la capitale du pays Muong. Elle contrôlait les vallées au nord de Hanoï et servait de plaque tournante aux convois qui alimentaient le Vietminh vers le centre du Tonkin.

Sur la carte, elle se trouve à 67 kilomètres de Hanoï par la route coloniale 6. Sur le terrain, cette route traverse une centaine de kilomètres de karsts, de forêts et de défilés où une colonne blindée se laisse arrêter par une section bien placée au-dessus d’un virage. Le général de Lattre de Tassigny avait choisi Hoa Binh pour une raison précise.

Il voulait obliger les divisions régulières de Giap à sortir de la jungle et à venir se battre en terrain découvert contre une puissance de feu supérieure, artillerie, blindés et aviation compris. Le calcul reposait sur un pari logistique puisque tout ce qui vivait à Hoa Binh dépendait d’un cordon de 100 kilomètres de route et d’un axe fluvial sur la rivière Noire. Giap accepta le rendez-vous et changea l’objet du combat.

Au lieu de défendre la ville, il attaqua le cordon. Le 21 novembre, la 304e et la 312e division reçurent l’ordre de quitter la région du fleuve Rouge et de couper les communications françaises. Les postes de la rivière Noire furent traités en premier.

Entre le 10 et le 20 décembre, les régiments vietminh attaquèrent en série toujours de nuit, en tirant parti d’un relief boisé qui masquait les rassemblements jusqu’à 200 mètres des barbelés. Une compagnie du 5e bataillon de parachutistes coloniaux fut accrochée à Ba Vi par le 36e régiment et laissa beaucoup de monde sur le terrain. Le système français tenait par la route et la route tenait par ses points d’appui.

Chaque hauteur commandant un tronçon recevait une compagnie ou deux, des barbelés, des mines, une liaison radio et un plan de feu réglé sur les pentes d’approche. Le dispositif immobilisait 20 000 hommes entre Hanoï et Hoa Binh pour un résultat de guerre qui se limitait à la conservation d’un axe. À la fin décembre, les convois ne passaient plus qu’avec ouverture de route au petit matin, escorte blindée et couverture aérienne.

Et les camions roulaient espacés pour ne pas offrir de cibles groupées. Le Vietminh avait un nom pour ce qu’il faisait sur cette route. Attaquer le poste pour détruire le secours.

Une méthode enseignée dans ses écoles de cadres et appliquée sur toute la haute région depuis 1950. On fixait une garnison isolée par un assaut de nuit. On laissait l’affaire durer assez longtemps pour que le commandement français lance une colonne de dégagement.

Puis on prenait cette colonne dans une embuscade préparée sur l’itinéraire obligatoire. Les postes de la route coloniale 4 étaient tombés de cette manière l’année précédente et les groupes mobiles envoyés les sauver avaient été détruits en marche. C’est pour cette raison que la nuit appartenait aux assaillants.

Une garnison attaquée à 2 heures du matin savait qu’elle tiendrait sur ses propres réserves de munitions avec l’appui de son artillerie de secteur si les liaisons fonctionnaient encore. Les renforts partaient au lever du jour quand la route pouvait être ouverte au détecteur de mines et couverte par les avions. Entre le premier coup de feu et le premier camion français sur la piste, il y avait 5 à 7 heures d’obscurité et ce délai était le vrai calcul du commandement vietminh.

Les garnisons vivaient donc la nuit sur un régime particulier. Une partie de l’effectif restait en armes dans les tranchées pendant que l’autre dormait habillée. Les postes d’écoute étaient poussés en avant des barbelés et les mortiers gardaient en permanence quelques fusées éclairantes prêtes au tube.

Une position bien tenue se signalait par ce qu’elle entendait avant de voir. Un bruit de métal contre la pierre, un fil qui bouge, un chien du village qui se met à aboyer. À Xom Féo, dans la nuit du 7 janvier, la première information arriva par les Bangalors.

Le deuxième bataillon de la 13e demi-brigade tenait l’un de ses verrous. La demi-brigade avait été créée en février 1940 pour la campagne de Norvège. Elle avait enlevé les positions allemandes de Narvik en mai.

Puis elle avait fait la guerre du désert avec les Français libres. En juin 1942, elle avait tenu Bir Hakeim 16 jours contre l’Afrika Korps avant de percer de nuit à travers les champs de mines. Le drapeau de cette unité portait déjà ses deux noms quand elle débarqua en Indochine.

La 13e arriva à Saïgon en 1946 et passa 4 ans en Cochinchine dans un travail de quadrillage sans bataille rangée, fait d’embuscades sur les rizières, de convois attaqués et de postes traités la nuit. En mars 1950, son chef de corps, le lieutenant-colonel Brunet de Sairigné, tomba dans une embuscade sur la route de Dalat. Après le désastre de la route coloniale 4 à l’automne 1950, ses 2e et 3e bataillons montèrent au Tonkin.

Ils travaillèrent d’abord au bunker de la ligne bétonnée voulue par de Lattre autour du delta, puis entrèrent dans la bataille de Hoa Binh en novembre 1951. Les hommes de ces bataillons venaient d’un peu partout. La Légion recrutait alors massivement en Europe centrale et en Allemagne dans une génération sortie de la guerre mondiale sans pays ou rentré, et les compagnies d’Indochine étaient tenues par des sous-officiers qui avaient déjà fait une guerre sous un autre uniforme.

Ces hommes servaient sous contrat, sous un nom qui n’était pas toujours le leur, pour une nationalité qu’ils obtenaient par les années de service et par le sang versé. Sur la route coloniale 6, ils creusaient leurs propres tranchées à la pelle entre deux ouvertures de route. Le point d’appui de Xom Féo fut organisé selon les règles apprises sur la route coloniale 4.

Tranchée de combat et boyau de communication, blockhaus de rondins et de terre, réseau de barbelés successifs, champ de mines couvrant les pentes d’approche. La position n’avait aucune valeur en elle-même. Elle valait par ce qu’elle interdisait, c’est-à-dire l’accès direct du Vietminh à un tronçon de la route coloniale 6 et aux convois qui y passaient de jour.

Une hauteur tenue commandait deux ou trois kilomètres de chaussée. Ces règles avaient été payées cher. À l’automne 1950 sur la route coloniale 4 le long de la frontière chinoise, les garnisons de Dong Khe et de Cao Bang avaient été enlevées ou évacuées sous la pression et les colonnes envoyées à leur rencontre avaient été détruites dans les gorges du karst.

L’armée française y avait perdu plusieurs milliers d’hommes et la totalité de son dispositif frontalier. Les officiers qui organisaient les points d’appui de la route coloniale 6 en janvier 1952 avaient tous cette affaire en tête. Le régiment adverse prépara son affaire pendant plusieurs nuits.

Les reconnaissances relevèrent le tracé des mines, les angles morts du plan de feu et les heures de relève des sentinelles, ce qui est le travail normal d’une unité régulière avant un assaut de nuit. Les régiments de la 308e division opéraient ainsi depuis Vinh Yen, avec des groupes de sapeurs en tête chargés d’ouvrir les brèches et des porteurs de charge derrière eux. Ils attaquaient à effectif écrasant sur un front étroit en acceptant les pertes de la première vague pour faire passer la deuxième.

La 308e division n’était pas une formation de circonstance. Créée en 1949, première grande unité régulière de l’armée du Vietminh, elle recevait l’armement fourni par la Chine populaire depuis l’ouverture de la frontière et servait de fer de lance à chaque offensive. En janvier 1951, elle avait attaqué Vinh Yen à découvert et laissé sur les pentes une partie de ses régiments sous les bidons spéciaux largués par l’aviation française.

Elle en avait tiré une conclusion pratique, celle de ne plus jamais donner de jour. La nuit du 7 janvier fut choisie sans lune, sous le crachin qui tient le Tonkin en janvier et qui éteint les bruits. Les sapeurs entrèrent dans le champ de mines plusieurs heures avant l’assaut et travaillèrent au couteau en désamorçant ou en contournant sans faire partir une charge.

À l’heure où les hommes de garde surveillaient surtout les pistes d’accès, l’infanterie était déjà couchée à 30 mètres des barbelés, l’arme sous le corps pour la tenir au sec. Le premier bruit de la nuit fut celui des Bangalors. L’assaut porta sur la 5e compagnie.

Les charges de Tolite entrèrent par les embrasures et par les toits des blockhaus qui étaient en fait de rondins et de terre et n’arrêtaient rien de plus lourd qu’un éclat de mortier. Les hommes qui sortaient des abris tombaient dans un feu croisé préparé sur les issues puisque les assaillants connaissaient l’emplacement de chaque sortie. En vingt minutes, la compagnie perdit trois blockhaus, une partie de sa tranchée de première ligne et la liaison avec ses voisines de droite et de gauche.

À partir de là, le combat cessa d’être une affaire de section. Il se joua par groupe de quelques hommes dans des boyaux où l’on se voyait à la lueur des départs de coups, avec des grenades lancées par-dessus les traverses et des rafales tirées à moins de 10 mètres. Les fusils mitrailleurs furent servis jusqu’à ce que les tireurs soient touchés, puis repris par d’autres légionnaires qui les remettaient en batterie sur un autre coude de tranchée.

Les mortiers de 81 du bataillon tiraient sur les pentes à la limite de leur portée minimale pour interdire l’arrivée des vagues suivantes. Vers le milieu de la nuit, le Vietminh tenait la moitié du point d’appui. Les assaillants s’installèrent dans les abris, les retournèrent face à la crête, ils montèrent leurs armes automatiques et commencèrent à organiser leur propre défense pour attendre le jour.

C’était la manœuvre logique puisqu’une position à demi conquise se garde jusqu’à l’aube et se termine à l’aube quand la fatigue et le manque de munitions font tomber ce qui reste. Sur la partie haute, ce qui restait de la garnison avait ses blessés, ses armes automatiques réduites et ses cadres à terre. Les légionnaires contre-attaquèrent avant le jour à la grenade et à la baïonnette.

Ils reprirent la tranchée de première ligne section par section, abri par abri, en nettoyant chaque coude de boyau avant de passer au suivant dans un ordre qui interdisait à l’adversaire de se rétablir derrière eux. Le corps à corps dura le temps qu’il faut pour parcourir quelques dizaines de mètres de tranchée en combattant. Et personne n’a jamais mesuré ce temps-là autrement qu’en munitions dépensées.

Quand la lumière revint sur la hauteur, le point d’appui était de nouveau français dans sa totalité. La baïonnette n’était pas un choix de style. Dans un boyau d’un mètre de large, le tir devient impossible dès que les deux camps se mélangent.

Les grenades finissent par manquer et un chargeur vidé se remplace en un temps qu’on n’a pas quand l’adversaire est à 3 mètres derrière une traverse. Les compagnies de Légion s’entraînaient à ce travail précis, la reprise d’une tranchée occupée, parce qu’il revenait à chaque saison en Indochine. Ce que les hommes de la 5e compagnie firent cette nuit-là suivait un procédé éprouvé exécuté avec la moitié des cadres à terre.

Le Vietminh décrocha en emportant ce qu’il pouvait de ses armes et en laissant le reste sur place. Les colonnes redescendirent vers l’ouest par les couloirs qu’elles avaient ouverts la veille dans les barbelés et dans les mines. Sur les pentes et dans les réseaux, les légionnaires comptèrent 700 corps au matin.

Ce chiffre vient du décompte français fait sur place ce jour-là et il n’a pas d’équivalent dans les sources du camp adverse. Le matin, la position ressemblait à ce qu’elle était devenue. Une hauteur retournée sur 200 mètres avec des blockhaus effondrés, des traverses arrachées et des réseaux ouverts en plusieurs points.

Les blessés partirent par la route dès qu’elle fut ouverte au détecteur de mines. Les autres remirent la position en état, replantèrent les piquets, retendirent le fil et reposèrent des mines dans les couloirs que les sapeurs adverses avaient tracés. La nuit suivante, le dispositif devait tenir de nouveau.

Le régiment engagé était sorti de la nuit sans le tronçon de route qu’il venait chercher. Pour une grande unité régulière qui avait préparé son assaut pendant plusieurs jours, réuni ses sapeurs, ses charges et trois vagues d’infanterie, c’était un résultat nul payé au prix fort. La 308e division ne revint pas sur Xom Féo.

Elle porta son effort sur d’autres tronçons de la route coloniale 6 où les points d’appui étaient tenus par des unités plus légères et moins bien organisées. Les jours suivants, l’armée française remit la main sur les tronçons contestés de l’axe Dong Ben, Ba Ang, Xuan Mai, le col de Kem, à O Trach. Chaque nettoyage se faisait à l’artillerie et à l’appui aérien avec un résultat qui durait jusqu’à la nuit suivante et un coût qui revenait chaque semaine.

Le 30 janvier, le Vietminh reprit l’offensive à Suoi Rut contre une compagnie du 8e bataillon de parachutistes coloniaux. La route se rouvrait le jour et se refermait le soir et cette mécanique consommait vingt mille hommes. Le 11 janvier 1952, trois jours après la nuit de Xom Féo, le général de Lattre de Tassigny mourut à l’hôpital militaire de Neuilly.

Il avait quitté l’Indochine deux mois plus tôt, malade, après avoir monté l’opération sur Hoa Binh et perdu son fils Bernard au rocher de Ninh Binh l’année précédente. Le commandement passa au général Salan qui hérita d’une bataille dont l’arithmétique se retournait contre lui semaine après semaine. 20 000 hommes gardaient une route pour tenir une ville dont l’intérêt militaire avait disparu.

Le renseignement français établit à la fin janvier que Giap retirait la 304e, la 308e et la 312e division pour les remettre en condition avant une nouvelle attaque et que la 316e et la 320e s’infiltraient dans le delta du fleuve Rouge. La menace changeait d’adresse et le delta se découvrait. Le 5 février, Salan décida l’évacuation du camp retranché de Hoa Binh.

L’ordre fut transmis aux unités une heure avant le début des mouvements pour que rien ne filtre vers l’adversaire. Le repli commença le 22 février au soir et dura trois jours. Les colonnes descendirent la route coloniale 6 par bonds, en tenant les hauteurs de part et d’autre à chaque étape pendant que la rivière Noire était rouverte pour évacuer le matériel lourd et les blessés.

Le troisième bataillon de la demi-brigade couvrit une partie du mouvement et laissa dix hommes sur le terrain avec six blessés et vingt disparus. Le 25 février, il n’y avait plus de troupe française à Hoa Binh. Les points d’appui de la route coloniale 6 furent évacués sur ordre les uns après les autres sans que le Vietminh ait eu à les enlever.

Xom Féo fut de ceux-là. La hauteur que le deuxième bataillon avait reprise au corps à corps dans la nuit du 7 au 8 janvier fut rendue au terrain avec ses tranchées, ses abris et ses réseaux ouverts sur les pentes. Le bilan de la bataille de Hoa Binh se lit.

Une estimation donne 436 tués et 458 disparus du côté français. Une autre porte le total des pertes françaises à 5000 hommes pour la campagne entière. Du côté vietminh, les évaluations montent jusqu’à 12 000.

La ville revint au Vietminh et l’histoire militaire vietnamienne compte Hoa Binh comme une victoire de Giap. Ce qui restait aux Français après trois mois de route coloniale tenait dans une addition simple. Les divisions régulières adverses avaient été forcées de combattre en terrain découvert contre l’artillerie et l’aviation.

Elles y avaient perdu du monde en quantité et elles avaient appris à faire tomber un dispositif routier entier sans jamais livrer la bataille rangée que de Lattre voulait leur imposer. Les deux camps sortirent de Hoa Binh avec des enseignements différents. Giap retint la méthode.

Le commandement français retint le coup. La 13e demi-brigade continua sa guerre dans le delta. Le deuxième bataillon enchaîna sur l’opération Mercure au fleuve Rouge en mars puis sur les combats de Yutien et de Phu Nho Quan en juin dans une série d’accrochages qui ne portent pas de noms dans les livres et qui coûtaient une section à chaque fois.

Le premier et le troisième bataillon partirent pour Diên Biên Phu en décembre 1953 où ils tinrent les points d’appui Claudine et Béatrice. Ils y restèrent. De la nuit du 7 au 8 janvier, il subsiste une ligne dans le journal de marche de la demi-brigade, une mention dans l’historique du corps et un décompte de 700 corps devant les barbelés.

Les noms des officiers touchés cette nuit-là ne figurent pas dans les sources accessibles aujourd’hui. Le nombre exact de légionnaires présents sur la position varie selon les récits comme varie l’effectif que le Vietminh engagea contre eux. Ce qui est établi tient en quelques faits.

Un régiment régulier a ouvert un champ de mines sans le faire sauter, enlevé trois blockhaus, pris la moitié d’un point d’appui et mis hors de combat une partie de l’encadrement d’une compagnie de Légion. Les survivants de cette compagnie ont repris le terrain à la grenade et à la baïonnette avant le lever du jour sans appui extérieur et sans colonne de secours. Le deuxième bataillon de la 13e demi-brigade de Légion étrangère a tenu Xom Féo une nuit sur une route abandonnée six semaines plus tard dans une campagne qui s’est terminée par un repli.

Sur cette hauteur, cette nuit-là, rien n’est passé.