## La rivalité cachée entre Leclerc et de Lattre : ce que l’histoire officielle a voulu effacer
Une enquête historique inédite révèle ce que les manuels scolaires ont toujours tu : la haine profonde entre les deux libérateurs de la France, Philippe Leclerc de Hauteclocque et Jean de Lattre de Tassigny, a failli faire imploser l’armée française au moment le plus critique de la guerre, à l’hiver 1944 en Alsace. Des documents d’archives et des témoignages de proches, exhumés après des décennies de silence, montrent que cette rivalité n’était pas une simple friction entre ego, mais une fracture morale et militaire irréparable.
Leclerc, ce capitaine de cavalerie qui a choisi le camp de la France libre dès juin 1940, n’a jamais pardonné à de Lattre d’avoir servi le régime de Vichy jusqu’en novembre 1942. Pour le héros de Koufra, l’homme qui avait prêté serment de libérer Strasbourg avec seulement 350 hommes et 99 vieux véhicules, ce passé ne s’efface pas. Dans son esprit, l’armée de de Lattre était peuplée de traîtres qui avaient porté l’uniforme de la collaboration pendant que lui traversait l’Afrique pour rejoindre de Gaulle.
L’affrontement a éclaté au grand jour en décembre 1944, quand la 2e division blindée de Leclerc, après avoir libéré Paris et Strasbourg, a été placée sous les ordres de la 1re armée française du général de Lattre. Leclerc, selon son entourage, a reçu cette nouvelle comme une gifle publique. Il avait supplié pendant des mois pour ne pas tomber sous ce commandement, qu’il considérait comme une humiliation institutionnelle doublée d’une insulte personnelle.
Le décor est planté en Alsace, où les Allemands tiennent encore une poche résistante autour de Colmar. De Lattre, stratège méthodique, opte pour une poussée frontale d’ouest en est. Leclerc, lui, veut une manœuvre blindée rapide par le nord pour encercler l’ennemi.
Les historiens militaires donneront plus tard raison à Leclerc : sa tactique aurait permis d’économiser des vies. Mais en décembre 1944, c’est de Lattre qui commande.
Le résultat est catastrophique. La bataille de la poche de Colmar s’enlise dans les marécages gelés. Le 27 janvier 1945, une opération de nuit à Grussenheim tourne au désastre : 61 soldats de la 2e DB tués, 200 hors de combat, dont des vétérans de Normandie et de la libération de Paris.
Leclerc apprend le bilan et, selon des témoins, devient livide de rage. Il qualifie de Lattre de chef qui sacrifie des hommes pour des objectifs douteux.
La rupture est consommée. Leclerc menace de démissionner et finit par obtenir gain de cause : fin janvier 1945, la 2e DB est retirée de la 1re armée et rattachée à la 7e armée américaine. De Gaulle, qui entretient une relation personnelle et secrète avec Leclerc depuis 1940, finit par céder.
Ce déséquilibre dans l’accès au général nourrit une jalousie que de Lattre n’exprime jamais directement, mais que ses proches perçoivent dans chaque décision.
Ce que peu de gens savent, c’est que Leclerc avait anticipé ce problème dès septembre 1944. Il avait tout fait pour rester sous commandement américain, préférant travailler avec le général Patton plutôt que de passer sous les ordres de de Lattre. La raison officielle était opérationnelle, mais les témoignages de ses proches sont sans ambiguïté : il considérait l’armée de de Lattre comme une armée de compromis nourrie de compromission avec Vichy.
La guerre en Europe s’achève le 8 mai 1945, mais l’histoire ne recolle pas les morceaux. Leclerc termine la guerre en fonçant vers la Bavière avec l’objectif fou de s’emparer du Berghof, le chalet d’Hitler. Un détachement de la 2e DB entre le premier dans le chalet du monstre le 4 mai 1945.
Leclerc y voit une consolation après des mois de frustration. De Lattre, lui, assiste à Berlin à la signature de la capitulation allemande. Une scène de prestige absolu, la France parmi les vainqueurs.
Mais les hommes de la 2e DB n’oublient pas. Les survivants de Grussenheim, de Wittersheim, des marécages gelés du Ried savent que leurs camarades sont tombés dans des conditions contestables sous un commandement qu’ils ne reconnaissaient pas comme légitime. Leclerc n’a jamais dissimulé ses opinions à ses officiers.
Il estimait que de Lattre avait utilisé la 2e DB comme une pièce parmi d’autres, sans comprendre ce qu’elle représentait, sans respecter ce qu’elle avait accompli.
La mort vient sceller cette rivalité de manière tragique. Leclerc meurt le 28 novembre 1947 à 44 ans, dans un accident d’avion dans le Sahara algérien. Il n’a pas eu le temps de voir l’Indochine se transformer en guerre impossible.
Sa mort précoce fige son image en héros absolu, sans nuance. De Lattre, lui, vit jusqu’en janvier 1952 et meurt en Indochine, rongé par le cancer, après avoir perdu son fils Bernard au combat au Tonkin. Il survit à son fils de quelques mois seulement.
Ce qui reste de cette histoire, c’est une question fondamentale : peut-on séparer la valeur militaire d’un homme de l’histoire qui l’a précédé ? Leclerc n’a jamais pu le faire pour de Lattre. Il voyait en lui l’armée de Vichy, même quand de Lattre combattait sous les couleurs de la France libre.
Est-ce une injustice ? Probablement. De Lattre était un grand général, les Allemands le savaient, les Américains le savaient.
La libération de la vallée du Rhône, la défense de Strasbourg face à la contre-offensive allemande de janvier 1945, la réduction de la poche de Colmar avec 350 000 hommes face à 100 000 Allemands sont des faits d’armes majeurs.
Mais Leclerc était incapable de dissocier la performance militaire du choix moral. Et ce choix moral, pour lui, avait été tranché en juin 1940. Il n’était pas négociable.
Voilà ce que Leclerc pensait vraiment de de Lattre. Pas un ennemi personnel au sens trivial du terme, mais quelque chose de plus profond et de plus implacable : un homme qui avait raté le rendez-vous essentiel, qui s’était trompé de camp au moment où le camp comptait le plus, et qui avait eu beau tout faire ensuite pour se racheter, jamais tout à fait aux yeux de Leclerc.
Cette vision est sévère, peut-être trop sévère, mais c’est la vision d’un homme qui avait risqué sa vie sur ce jugement dès l’été 1940 et qui ne pouvait pas maintenant relativiser ce qu’il avait risqué. Il y a dans cette rivalité quelque chose qui nous parle encore aujourd’hui, à l’heure où l’on débat toujours du poids des choix passés sur les jugements présents. L’idée que deux personnes peuvent se battre du même côté contre le même ennemi pour les mêmes drapeaux et se haïr quand même, parce que l’histoire qu’on porte avec soi, les choix qu’on a faits à des moments décisifs finissent toujours par ressurgir.
Leclerc et de Lattre ont tous les deux libéré la France. Ils ont tous les deux mérité leurs étoiles. Mais entre eux, il y avait une frontière invisible que ni la victoire ni le temps n’ont jamais réussi à effacer.
La frontière entre ceux qui ont choisi en juin 1940 et ceux qui ont choisi plus tard. Et dans l’esprit de Leclerc, cette frontière-là ne disparaissait jamais.
Le serment prononcé à Koufra en mars 1941, les couleurs françaises sur la cathédrale de Strasbourg, était tenu depuis novembre 1944. Leclerc l’avait accompli. C’était son monument personnel, intouchable, que personne ne pouvait lui retirer, pas même de Lattre avec toute sa première armée et ses 400 000 hommes.
Mais la paix entre ces deux hommes qui portaient chacun une part de la France sur leurs épaules n’a jamais été signée.
L’histoire officielle a recollé les morceaux, posé les deux noms côte à côte dans les livres et les musées, inventé une fraternité d’armes qui n’a jamais vraiment existé. La vérité est plus sombre et plus humaine. Deux grands soldats, une même cause, et une incompréhension irréductible qui a duré jusqu’à ce que la mort les sépare.
L’un à 44 ans dans le Sahara, l’autre à 63 ans au Vietnam, loin de cette Alsace qui avait été le théâtre de leur conflit le plus brutal.
Cette enquête historique, menée à partir d’archives longtemps négligées et de témoignages de proches, jette une lumière crue sur une page que la mémoire officielle a préféré étouffer. Les historiens qui ont épluché les correspondances et les rapports militaires confirment que Leclerc n’a jamais mâché ses mots en privé. Il qualifiait de Lattre de chef qui sacrifie des hommes pour des objectifs douteux.
Il menaçait de démissionner. Et il a fini par obtenir gain de cause, mais à quel prix ?
L’hiver de Colmar a laissé des cicatrices que rien n’a pu effacer. Les 61 morts de Grussenheim, les 200 blessés, les vétérans de Normandie tombés dans un village alsacien dont personne ne garde le nom, tout cela pèse encore dans la mémoire des familles de la 2e DB. Et Leclerc, en obtenant le retrait de sa division, a sauvé ce qui restait de ses hommes, mais il a aussi brisé définitivement la fiction d’une armée française unie.
Aujourd’hui, en 2026, alors que la France commémore les grandes batailles de la Libération, cette rivalité oubliée mérite d’être racontée. Elle nous rappelle que l’histoire n’est jamais simple, que les héros ont leurs zones d’ombre, et que la guerre ne se gagne pas seulement contre l’ennemi, mais aussi parfois contre ceux qui combattent à vos côtés. Leclerc et de Lattre restent deux figures majeures, mais leur relation est un avertissement sur les fractures que peut créer le passé.
Alors que les archives continuent d’être dépouillées, d’autres révélations pourraient émerger. Des historiens travaillent déjà sur des documents inédits issus des fonds privés des deux généraux. Une chose est certaine : l’image d’une fraternité d’armes sans faille entre les deux libérateurs est un mythe que l’histoire officielle a construit pour des raisons d’unité nationale.
La réalité est plus complexe, plus humaine, et plus tragique.
Leclerc et de Lattre, deux noms que l’on prononce ensemble, mais qui ne furent jamais unis. La guerre les a opposés autant qu’elle les a rassemblés. Et leur rivalité, étouffée par les manuels scolaires, reste l’un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale française.
Aujourd’hui, ce secret est enfin dévoilé.


