Une falaise de 43 mètres, une corde de fortune, et un général de 63 ans qui défie Hitler en plein cœur de l’Allemagne nazie. Personne ne s’était jamais évadé de cette forteresse en 700 ans. Mais…

Une falaise de 43 mètres, une corde de fortune, et un général de 63 ans qui défie Hitler en plein cœur de l’Allemagne nazie. Personne ne s’était jamais évadé de cette forteresse en 700 ans. Mais...

Le 17 avril 1942, un homme de 63 ans descendait une falaise de 43 mètres à l’aide d’une corde de fortune, en pleine Allemagne nazie. Cet homme, c’était le général Henry Giraud, et personne ne l’avait jamais fait avant lui en 700 ans d’histoire de la forteresse de Königstein. Quand Hitler apprit la nouvelle, à la veille de son anniversaire, sa rage fut si violente que ses propres généraux n’osèrent plus l’approcher. Il lança une chasse à l’homme d’une ampleur démesurée, mais Giraud avait déjà disparu dans les bois de Saxe, coiffé d’un chapeau tyrolien et vêtu d’un pantalon de jardinier.

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Ce que les Allemands ignoraient, c’est que cet homme avait déjà réussi l’impossible en 1914, et qu’il venait de préparer son évasion pendant deux ans, caché au cœur de la prison la plus sûre du Reich. Il avait appris l’allemand avec les gardiens, mémorisé les horaires des trains, fait du sport chaque matin pour préparer son corps usé par une jambe blessée. Sa femme Cécile, restée à Lyon, déchiffrait des messages codés cachés dans des lettres banales. Un réseau clandestin lui avait fait parvenir un câble en pièces détachées, un chapeau, des gants, et un faux permis de conduire.

Même la photo floue de son dossier avait été choisie avec soin, deux ans plus tôt, pour brouiller les pistes. Le soir du 17 avril, Giraud sortit son mouchoir, signal convenu avec ses complices. Il enjamba le parapet, saisit le câble, et commença à descendre dans le vide. Ses pieds et ses genoux heurtaient la paroi de granit, ses gants de caoutchouc brûlaient, mais il ne pensait à rien d’autre qu’à la descente.

En deux minutes, il toucha le sol. Personne ne l’avait vu. Il s’enfonça dans les bois, puis prit un train où, par un hasard incroyable, un lieutenant allemand en permission le couvrit involontairement lors d’un contrôle de la Gestapo, le croyant simplement un civil sympathique. Cinq jours plus tard, guidé par des résistants alsaciens, Giraud franchissait la frontière suisse.

Huit jours après son évasion, il entrait à Lyon, libre, après avoir parcouru mille kilomètres à travers l’Allemagne en civil. Mais Hitler ne pardonna jamais. Il ne put atteindre Giraud, alors il s’en prit à ceux qui étaient restés derrière. Le général Mesni, qui avait tenu le câble au sommet du rempart, fut abattu d’une balle dans la nuque en janvier 1945, à quelques semaines de la fin de la guerre, près de Dresde.

Giraud, lui, reprit le combat en Afrique du Nord, commanda l’armée d’Afrique aux côtés des Alliés, participa à la libération de la Corse. Mais il fut écarté du pouvoir par de Gaulle, plus habile en politique, et se retira sans éclat. En 1949, il reçut la médaille militaire pour cette évasion légendaire. Il mourut le lendemain, dans un hôpital militaire de Dijon.

Aujourd’hui, un cours porte son nom à Lyon, mais rares sont ceux qui connaissent l’histoire derrière cette plaque. Car cette évasion n’a pas été seulement celle d’un homme sur une corde. Ce sont des femmes et des hommes anonymes qui ont risqué leur vie pour fabriquer un faux permis, cacher un câble dans une boîte de conserve, ou offrir un chapeau à plume de faisan. C’est l’histoire de tous ceux qui ont refusé de se soumettre.

Qu’auriez-vous fait à sa place, dans cette cellule, le premier soir ? Auriez-vous regardé les murs et abandonné, ou auriez-vous commencé à apprendre l’allemand, à mémoriser des cartes, à préparer votre corps et votre esprit pour l’impossible ?