Le 26 mai 1940, un amiral britannique m’a tendu un télégramme sans dire un mot. L’ordre était clair : évacuer la Norvège. Abandonner Narvik. Laisser derrière nous des mois de combat et des hommes…

Le 26 mai 1940, un amiral britannique m’a tendu un télégramme sans dire un mot. L’ordre était clair : évacuer la Norvège. Abandonner Narvik. Laisser derrière nous des mois de combat et des hommes...

Le 26 mai 1940, dans un fiord norvégien à trois mille kilomètres de Paris, un amiral britannique tend un télégramme à un général français. Le général le lit, le repose, puis prononce une phrase de cinq mots qui va traverser l’histoire militaire française. Mais cette phrase n’arrive qu’à la fin. Parce que pour la comprendre vraiment, il faut d’abord saisir tout ce qui l’a précédée.

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En 1940, les panzers d’Hitler n’avançaient pas seulement grâce au pétrole roumain. Ils roulaient aussi grâce au fer suédois. Du minerai extrait dans les mines de Kiruna, au nord de la Suède, descendu par train jusqu’au port de Narvik, en Norvège, puis chargé sur des bateaux à destination des usines du Reich. Onze millions de tonnes par an.

De quoi fondre chaque année l’équivalent du poids de trente-cinq tours Eiffel en acier pour les chars, les obus et les coques des sous-marins qui coulaient les navires alliés dans l’Atlantique. Narvik, c’est un port de dix mille habitants accroché à un fiord, à deux cents kilomètres au nord du cercle polaire. Une ville construite pour une seule raison : acheminer ce minerai vers la mer. En avril 1940, Hitler s’en était emparé en quarante-huit heures.

Le 9 avril, la Wehrmacht débarquait simultanément dans six ports norvégiens. La Norvège devait rester neutre. Elle ne l’était plus du tout, ce matin-là. À Paris comme à Londres, la décision est prise : envoyer un corps expéditionnaire.

Reprendre Narvik. Couper la route du fer. C’est dans ce contexte qu’un colonel de cinquante ans monte à bord d’un navire à Brest, le 12 avril 1940. Il s’appelle Antoine Béthouart.

Il vient d’être promu général de brigade à titre provisoire. Saint-cyrien de la même promotion que de Gaulle et Juin, blessé trois fois, trois citations, homme de montagne, homme d’attaque. Et homme d’une conviction qui va bientôt le mettre en collision directe avec ses propres alliés. Quand Béthouart arrive dans la région de Narvik à la fin avril, il découvre une situation que ses supérieurs britanniques ont déjà, dans leur tête, à moitié abandonnée.

Le général britannique Mackesy, qui commande les forces terrestres alliées, refuse d’attaquer directement. Trop risqué. Il préfère attendre, encercler, espérer. Béthouart regarde les cartes.

Il regarde le fiord. Et il pense exactement l’inverse. Le général allemand Dietl tient la garnison de Narvik avec cinq mille soldats : des chasseurs de montagne, renforcés par les équipages des destroyers coulés dans le fiord, des marins transformés en fantassins, armés du matériel récupéré dans les dépôts norvégiens. Des hommes acculés.

Et les hommes acculés se battent toujours mieux que ceux qui ont une porte de sortie. Béthouart voit une fenêtre précisément là où les Britanniques voient un mur. Si l’on débarque à Bjerkvik, une petite ville portuaire à vingt kilomètres au nord de Narvik, on prend les Allemands à revers. Il convainc l’amiral britannique Cork, partisan de l’action.

Et il monte lui-même, le 7 mai, sur un torpilleur polonais pour aller reconnaître le terrain. Un général de brigade, personnellement, dans un fiord sous surveillance aérienne ennemie. Le 13 mai 1940, à 0 h 20, les canons ouvrent le feu sur Bjerkvik. À 1 h 30, les légionnaires de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère débarquent sur la rive.

La 13e DBLE est commandée par le lieutenant-colonel Magrin-Verneret, futur général Monclar, l’un des officiers les plus rudes que l’armée française ait produits. À ses côtés débarque le capitaine Amilakvari, prince géorgien en exil, légionnaire par vocation, qui mourra deux ans plus tard à Bir Hakeim. Les combats à Bjerkvik sont violents. Les Allemands tirent depuis les crêtes, depuis les maisons.

Le mamelon d’Orneset change de main plusieurs fois. Mais au soir du 13 mai, Bjerkvik est aux mains des Alliés. Premier débarquement amphibie de vive force réussi par l’armée française depuis les Dardanelles. Béthouart a obtenu ce qu’il voulait.

Narvik est à portée. Et c’est exactement à ce moment-là que tout commence à se dérégler. Car le 10 mai 1940, pendant que les légionnaires se battaient pour Bjerkvik, Hitler déclenchait à l’Ouest l’opération la plus dévastatrice de la guerre. Pays-Bas, Belgique, France.

Les panzers traversaient les Ardennes, là où les généraux français avaient juré qu’ils ne passeraient jamais. Les divisions tombaient, le front s’effondrait. Et le corps expéditionnaire en Norvège commençait à recevoir des signaux de plus en plus urgents : pas de renforts, pas de matériel supplémentaire, et bientôt peut-être l’ordre de rentrer. Le 26 mai 1940, l’amiral Lord Cork fait appeler Béthouart.

Il sort un télégramme de sa poche et le tend au général français sans un mot. Béthouart lit. Le texte est court, dans le style économe du Foreign Office. Le gouvernement de Sa Majesté a décidé que les forces alliées devaient évacuer la Norvège septentrionale le plus rapidement possible.

Voilà. C’est dit. En quelques lignes, des mois de préparation, des hommes morts à Bjerkvik, des légionnaires qui tenaient des positions dans la neige. Tout ça effacé par un télégramme.

Cork regarde Béthouart. Il pose la question que tout le monde dans la pièce retient :

— Dans ces conditions, général, maintenez-vous votre attaque du 28 ? Béthouart ne met pas longtemps à se décider. Il faut comprendre ce que signifie ce moment.

Un général de brigade français, commandant provisoire d’un corps expéditionnaire, face à un amiral de la Royal Navy. La France est en train de s’effondrer. Dunkerque est en cours. Les lignes de commandement se noient dans le chaos.

Ce général répond :

— J’attaque quand même. Pas « j’attaque malgré tout ». Pas « j’attaque sous réserve ». J’attaque quand même, avec l’ordre d’évacuation dans la poche.

Parce que partir sans avoir pris Narvik, c’est partir sous les bombes. Et Cork, qui avait voulu cette attaque depuis le début, répond :

— Général, je vous appuierai. Ce n’est pas de l’entêtement. C’est du calcul.

La différence entre les deux, c’est souvent une question de résultat. La nuit du 27 au 28 mai est blanche, comme toutes les nuits norvégiennes en mai. Le soleil tourne bas sur l’horizon sans jamais disparaître. Sur le Rombaksfjord, les chalands d’assaut sont chargés.

Les légionnaires attendent en silence. Ils savent que cette fois, après l’assaut, ils ne s’installeront pas. Ils prendront la ville, puis ils repartiront. Ils traversent le fiord sous la protection de deux croiseurs et cinq destroyers britanniques.

La plage choisie est à Ornes, à l’est de la ville, sous la voie ferrée qui avait acheminé le minerai suédois pendant vingt ans. Les Allemands résistent depuis les crêtes, depuis les tunnels. Le commandant Paris, chef d’état-major de Béthouart, traverse le terrain conquis pour faire le point. Une balle le touche en pleine tête.

Il meurt sur place, sous le soleil de minuit, à Narvik, en mai, pendant que l’armée française se dissolvait en France. Mais les légionnaires avancent. Les Polonais de la brigade Podhale convergent par le sud sur Ankenes. Les chasseurs alpins et les Norvégiens descendent par le nord.

Dietl voit les mâchoires se refermer. Il ordonne le repli vers la frontière suédoise. Le soir du 28 mai, des soldats français, polonais et norvégiens entrent dans Narvik. Il faut prendre une seconde pour mesurer ce moment.

Nous sommes le 28 mai. En Belgique, l’armée britannique finit d’embarquer à Dunkerque. En France, la ligne de front cède vers la Seine. Dans trois semaines, le gouvernement demandera l’armistice.

Et ce soir-là, à Narvik, des soldats français entrent dans une ville qu’ils viennent de reprendre aux Allemands. La seule ville reprise aux Allemands dans toute la campagne de 1940. La seule victoire française de cette année-là. Paul Reynaud déclarera que la route du fer est coupée.

C’est vrai. Pour une semaine. Ce qui vient ensuite, c’est la question que tout le monde aurait dû se poser dès le début : qu’est-ce qu’on fait d’une victoire dont on n’a pas le droit de se servir ? Les jours qui suivent le 28 mai sont d’une logique militaire cruelle.

La Légion et les Polonais poursuivent les Allemands vers la frontière suédoise. Pas pour les détruire, il n’y a plus le temps. Pour les mettre dans une position où ils ne peuvent plus observer les plages d’embarquement. Parce que le plan de Béthouart, c’était ça depuis le début : prendre la ville, repousser l’ennemi hors de vue, et partir si discrètement que les Allemands ne réalisent pas ce qui se passe avant que les derniers navires soient hors du fiord.

Le 7 juin, l’évacuation commence. Les légionnaires quittent Narvik à 22 heures. Le lieutenant Lefort et ses hommes ferment la marche à pied, les mitrailleuses détruites. Les pionniers dynamitent trois cents mètres de voie ferrée derrière eux.

Un tunnel est rendu inutilisable. Béthouart veut partir le dernier. Il monte sur un chaland peu avant minuit. Il emmène avec lui tous les blessés et trois cent vingt prisonniers allemands.

L’évacuation se fait sans une perte. Le 9 juin au matin, les Allemands reprennent Narvik sans tirer un seul coup de feu. La ville est vide. Le 10 juin, l’armée norvégienne capitule.

La France laisse deux cent cinquante soldats enterrés sous la terre norvégienne. Des légionnaires espagnols, républicains en exil qui avaient choisi la France après la défaite de 1936. Des chasseurs alpins de Chambéry et de Grenoble. Des officiers polonais qui combattaient pour un pays déjà occupé depuis huit mois.

Ils reposent dans un cimetière au bord d’un fiord qui ne ressemble à aucun endroit de France. Un télégramme avait décidé que tout ça ne servirait à rien. Ou peut-être que si. Revenons au 26 mai, au fiord, au télégramme.

Ce que Béthouart a répondu ce jour-là, « j’attaque quand même », ce n’est pas de la désobéissance à proprement parler. Le télégramme lui-même admettait que les opérations d’évacuation seraient peut-être facilitées par la destruction préalable des forces allemandes de Narvik. Il y avait donc une porte entrouverte. Béthouart n’a pas enfoncé une porte fermée.

Il a poussé une porte que ses supérieurs avaient laissée entrouverte par hésitation, et il l’a traversée. C’est la différence entre l’audace et l’insubordination. Une ligne très fine, définie après coup par le résultat. Ce qu’il défendait n’était pas spectaculaire.

Il ne prétendait pas changer le cours de la guerre. Ce qu’il défendait, c’était la façon de partir. Partir sous les bombes, les plages d’embarquement exposées à la Luftwaffe en plein soleil de minuit. Ou partir la tête haute, avec ses blessés, ses prisonniers, ses morts correctement enterrés.

Ce n’est pas la même chose. Il existe un fil entre le 26 mai 1940 à Narvik et le 7 novembre 1942 à Casablanca. Deux ans plus tard, Béthouart commande la division de Casablanca. Prévenu en secret du débarquement américain prévu pour le lendemain matin, il fait arrêter le résident général Noguès, tente de neutraliser les communications militaires de Vichy, diffuse des ordres pour que les troupes françaises ne s’opposent pas aux Alliés.

Un coup d’État contre sa propre chaîne de commandement. Noguès s’échappe, reprend le contrôle, fait arrêter Béthouart. En décembre 1942, une cour martiale le condamne à mort par contumace. Lui, le vainqueur de Narvik, dont les soldats reposent dans la terre norvégienne.

La nationalité française lui est retirée. Les Américains l’avaient déjà libéré. Il a rejoint de Gaulle. Il a commandé le 1er corps lors du débarquement de Provence en août 1944.

Il a libéré Mulhouse en novembre, franchi le Rhin en avril 1945, traversé la Forêt-Noire, atteint le col de l’Arlberg en Autriche le 6 mai 1945, la veille de la capitulation allemande. Il est mort le 17 octobre 1982 à Fréjus, à quatre-vingt-douze ans. Compagnon de la Libération, décoré par douze nations, dont la Norvège et la Pologne. La cour martiale de Casablanca n’a jamais été officiellement annulée.

Elle a simplement cessé d’exister quand la France a retrouvé sa raison. Ce fil-là, entre Narvik et Casablanca, ce n’est pas du courage au sens spectaculaire du mot. C’est quelque chose de plus difficile à montrer : la conviction que votre analyse de la situation est meilleure que celle de vos supérieurs, et la volonté d’en assumer les conséquences, y compris la condamnation à mort. Quand l’amiral Cork a demandé à Béthouart s’il maintenait son attaque, il ne lui demandait pas juste une information tactique.

Il lui demandait : « Est-ce que vous croyez encore à ce que vous faites, alors que tout autour de vous a cessé d’y croire ? »

Et Béthouart a répondu oui. Le maire de Narvik, au moment du départ, avait remis au lieutenant-colonel Magrin-Verneret un fanion brodé à la main par les femmes de la ville pour la 13e DBLE. Dans un pays qui n’avait aucune raison de s’attacher à la France, des femmes norvégiennes avaient cousu un fanion de légionnaires.

Ce détail résiste à toute analyse. Béthouart a passé les dernières années de sa vie à se battre pour que le cimetière de Narvik soit décent, pour qu’une rue de la ville porte un nom français, pour que la victoire du 28 mai ne disparaisse pas complètement dans le gouffre de la défaite. Il a dit une fois que Narvik avait été la seule fois de sa carrière où il avait compris que la victoire et la défaite pouvaient occuper le même espace en même temps. On avait gagné la bataille, on avait perdu la guerre.

Et on était parti proprement. Pour lui, cette dernière partie comptait autant que les deux premières. Alors voilà la vraie question, celle que ce fiord, ce télégramme et ces cinq mots posent encore aujourd’hui : quand tout vous dit de partir, de vous replier, de vous conformer à l’ordre donné, est-ce que vous savez encore, avec suffisamment de certitude, quand il faut dire « quand même » ? Ce n’est pas une question qui a une seule réponse.

Mais c’est la question qu’Antoine Béthouart s’est posée le 26 mai 1940, dans un fiord norvégien. Et sa réponse — deux cent cinquante morts plus tard, deux victoires plus tard, une condamnation à mort plus tard, quatre-vingt-douze ans de vie plus tard — était toujours la même. Il y a une dernière chose à dire sur Narvik. L’état-major allemand, dans ses analyses d’après-guerre, a noté quelque chose de troublant : la garnison de Dietl était au bord de la capitulation quand l’ordre d’évacuation alliée est arrivé.

Si le corps expéditionnaire avait eu deux semaines de plus, Dietl aurait été contraint de passer en Suède pour être interné. Narvik aurait tenu. La route du fer serait restée coupée pendant la bataille de France. Ce que ça aurait changé à l’issue de la guerre, personne ne peut le dire avec certitude.

Mais la question mérite d’être posée. Et elle reste posée, sans réponse, depuis 1940. La 13e demi-brigade de la Légion étrangère a laissé à Narvik sept officiers, cinq sous-officiers et cinquante-cinq légionnaires. Elle en a rapporté deux cents mitrailleuses, dix canons, dix avions capturés au sol et trois cent vingt prisonniers.

Elle a effectué deux débarquements amphibies dans des fiords arctiques, dans un pays que la plupart de ces hommes n’avaient jamais entendu nommer avant de recevoir l’ordre d’y aller. Des hommes sans pays, pour la plupart. Des exilés espagnols qui avaient perdu leur guerre civile et qui avaient choisi d’en combattre une autre sous uniforme français, parce que c’était la seule façon qui leur restait de se battre contre ce qu’ils avaient fui. Ils reposent à Narvik.

La France leur doit au moins ça : se souvenir de leur nom. Antoine Béthouart, lui, repose à Rue, dans la Somme, à deux kilomètres de la mer, dans un département qu’il connaissait depuis l’enfance. Sur sa tombe, il y a l’essentiel : son nom, ses dates, et la croix de la Libération. Pas de grandes phrases, pas d’épitaphe héroïque.

Juste le silence d’un homme qui avait dit ce qu’il avait à dire, le 26 mai 1940, dans un fiord norvégien, en cinq mots. Il y a dans l’histoire militaire française un paradoxe que Narvik illustre mieux que n’importe quel autre épisode : les victoires les plus nettes ont souvent eu lieu dans les défaites les plus totales. Pas parce que les hommes étaient meilleurs dans l’adversité. Sur ce coup-là, ils n’étaient ni meilleurs ni pires que dans d’autres circonstances.

Mais parce que, quand tout est déjà perdu, certains hommes cessent de calculer ce qu’ils risquent et commencent à calculer seulement ce qui est juste. Béthouart n’avait plus rien à perdre après le télégramme du 26 mai. Sa carrière ne dépendait plus de Narvik. La guerre ne dépendait plus de Narvik.

Il ne restait plus que la question du comment. Comment partir sans laisser ces hommes sous les bombes ? Comment quitter une victoire sans en faire une catastrophe ? Et pour cette question-là, la réponse était simple.

Simple, pas facile. J’attaque quand même. Cette phrase, « j’attaque quand même », devrait figurer quelque part dans les archives de l’armée française comme définition opérationnelle du mot courage. Non pas comme un modèle à imiter aveuglément, mais comme un rappel que l’obéissance et la responsabilité ne sont pas toujours la même chose.

Que les ordres ne remplacent pas le jugement. Et qu’un général qui reçoit un ordre impossible a parfois le devoir d’en trouver une interprétation qui protège ceux qui lui sont confiés. Béthouart n’a pas désobéi. Il a interprété.

Et dans l’espace entre ces deux mots, il a sauvé des hommes d’une évacuation désastreuse. Béthouart n’a jamais réclamé de gloire pour Narvik. Dans ses mémoires, dans ses discours, dans les rares interviews qu’il a accordées, il parlait toujours de ses hommes avant de parler de lui. Magrin-Verneret et ses légionnaires, les chasseurs alpins, les Polonais de la brigade Podhale, les marins britanniques qui avaient appuyé les débarquements, et les deux cent cinquante morts qui ne sont pas rentrés.

C’est peut-être ça, au fond, qui distingue un chef d’un général. Le premier compte ses hommes. Le second compte ses victoires.