Le 18 juin 1940, un officier allemand écrit dans son journal, la main tremblante : « Ces hommes noirs combattent comme si la mort n’existait pas ». Pendant que Paris tombait et que le gouvernement…

Le 18 juin 1940, un officier allemand écrit dans son journal, la main tremblante : « Ces hommes noirs combattent comme si la mort n’existait pas ». Pendant que Paris tombait et que le gouvernement...

Le 18 juin 1940, à 14h37, un capitaine allemand écrit dans son journal de campagne. Ses mains tremblent. Pas de froid, pas de fatigue. De peur.

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« Nous avançons. Ils tiennent. Nous tirons. Ils chargent.

Ces hommes noirs combattent comme si la mort n’existait pas. »

Cette phrase, retrouvée dans les archives militaires allemandes en 1987, raconte une réalité que l’histoire officielle a longtemps refusé d’admettre. On vous a appris que la France s’est effondrée en six semaines. Que les soldats français ont fui.

Que la résistance fut symbolique. Mais ce capitaine ne décrit pas une fuite. Il décrit une terreur. Et il n’est pas seul.

Dans les rapports de la Première Division Panzer, dans ceux de la 10e division d’infanterie, dans les lettres personnelles des soldats du front, un même mot revient sans cesse : « Schwarze Teufel » — les diables noirs. Pas un surnom affectueux. Une mise en garde opérationnelle. Les divisions allemandes recevaient des instructions spécifiques lorsqu’elles approchaient des secteurs tenus par ces unités.

Pas des recommandations tactiques habituelles. Des avertissements psychologiques. Parce qu’entre le 16 mai et le 20 juin 1940, pendant que Paris tombait, pendant que le gouvernement français fuyait vers Bordeaux, 3 000 hommes ont tenu des positions que 300 000 Allemands ne parvenaient pas à prendre. 3 000 tirailleurs sénégalais et coloniaux.

Et l’armée d’Hitler ne savait pas comment les briser. Cette histoire n’apparaît dans aucun manuel scolaire français. Hollywood n’en a jamais fait de film. Elle a été effacée délibérément, systématiquement.

Mais les témoignages allemands existent toujours. Et ils racontent une vérité que personne ne voulait entendre. On les appelait « tirailleurs sénégalais », mais la plupart ne venaient pas du Sénégal. Ils venaient du Mali, de Côte d’Ivoire, du Tchad, du Niger, de Guinée, du Burkina Faso.

L’empire colonial français s’étendait sur 12 millions de kilomètres carrés. Quand la guerre a éclaté en septembre 1939, la France a appelé ses hommes. Pas comme chair à canon. Comme fer de lance.

Car les tirailleurs n’étaient pas des recrues de dernière minute. C’étaient des soldats professionnels, entraînés, disciplinés, redoutés depuis la Première Guerre mondiale, où ils avaient brisé les lignes allemandes à Verdun, au Chemin des Dames, sur la Somme. Les Allemands s’en souvenaient. En 1940, quand la Wehrmacht reçoit ses ordres pour l’invasion de la France, un mémorandum interne circule dans les états-majors.

Il est clinique, factuel. Il classe les unités françaises par niveau de menace opérationnelle. Les tirailleurs sénégalais y sont placés au même niveau que les chars B1 bis et les fortifications de la Ligne Maginot. Non pas parce qu’ils sont nombreux.

Ils ne représentent que trois pour cent des effectifs français. Mais parce qu’ils ne se rendent pas. Un soldat allemand, Klaus Hartmann, de la 7e division d’infanterie, écrit à sa femme le 27 mai 1940. Sa lettre, conservée par sa famille puis donnée au musée militaire de Dresde en 1998, contient ces mots : « Nous préférons combattre trois divisions françaises ordinaires plutôt qu’un seul bataillon de ces tirailleurs.

Ils attaquent à la baïonnette en plein jour, sous nos mitrailleuses. »

Comment l’armée qui a écrasé la Pologne en 27 jours, conquis le Danemark en six heures, et soumis la France en six semaines, peut-elle avoir peur de 3 000 hommes armés de fusils Lebel de la Première Guerre mondiale ? La réponse ne tient pas à l’équipement. Elle tient à quelque chose que les stratèges allemands n’avaient pas prévu.

Herquinvilliers. Un village de 200 habitants dans l’Oise. Personne ne le connaît. Le 16 mai 1940, à 6h20 du matin, le 16e régiment de tirailleurs sénégalais reçoit l’ordre de tenir le pont sur la rivière locale.

Pas pour des heures. Pour des jours. Bloquer l’avance de la Première Division Panzer vers Amiens. 780 hommes face à eux.

12 000 soldats allemands. 80 chars. 24 pièces d’artillerie. Les officiers français savent ce qui va se passer.

C’est une mission suicide. Retarder l’ennemi le temps que les divisions principales se replient vers la Somme. Une guerre d’horloge. Chaque heure gagnée sauve des milliers de soldats français au sud.

Le commandant du 16e RTS, le capitaine N’Tchoréré, un officier gabonais formé à Saint-Cyr, rassemble ses hommes à 6h45. Il ne leur ment pas. Il leur dit qu’ils vont mourir ici. Puis il leur demande combien de temps ils peuvent tenir.

« Jusqu’à ce qu’il ne reste personne, mon capitaine. »

C’est le sergent-chef Diouf qui répond. Un tirailleur sénégalais d’un mètre quatre-vingt-douze. Ancien docker de Dakar.

Trois campagnes en Afrique du Nord. Une balafre qui traverse son visage du front au menton. Les Allemands attaquent à 7h15. L’artillerie d’abord.

Trente minutes de bombardement continu qui transforment le village en cratère. Les maisons s’effondrent, l’église médiévale explose, les arbres deviennent des chicots brisés. Puis les chars. Les Panzer III avancent en ligne.

Leurs chenilles écrasent les barricades de fortune. Leurs canons de 37 mm pulvérisent les positions françaises. Les tirailleurs ne tirent pas. Pas encore.

Ils attendent que les chars passent. Ils laissent l’infanterie allemande sortir de couverture. 150 mètres. 100 mètres.

50 mètres. À 7h52, les fusils Lebel ouvrent le déluge. Pas de rafales. Des tirs précis.

Un coup, une cible. Ces hommes ont grandi en chassant dans la brousse africaine. Ils savent tirer. L’infanterie allemande se jette au sol.

Mais les tirailleurs ne visent pas pour clouer l’ennemi au sol. Ils visent pour tuer. Un grenadier allemand, Johann Steiner, survit à l’assaut. Son témoignage est recueilli par un journaliste suisse en 1941 : « Chaque balle touchait quelqu’un.

Pas dans la jambe, pas dans le bras. Dans la tête, dans la poitrine. Ces hommes ne tiraient pas pour nous faire peur. Ils tiraient pour nous éliminer.

»

À 8h15, la première attaque allemande se brise. À 8h40, la deuxième vague. Cette fois, les Allemands utilisent leurs mortiers. Les obus de 80 mm martèlent les positions françaises.

Les tranchées s’effondrent, les corps s’envolent. Quand la fumée se dissipe, les Allemands avancent. Et les tirailleurs chargent à la baïonnette. Pas une charge désespérée.

Pas une tentative suicide. Une attaque coordonnée. Les tirailleurs jaillissent de leurs positions, traversent le no man’s land en courant et percutent les lignes allemandes avant que l’infanterie ennemie ne puisse réagir. Combat au corps à corps.

Baïonnette contre pelle. Couteau contre casque. L’horreur primale de la guerre, avant les armes à feu. Les Allemands reculent.

Pas en ordre. En panique. Un lieutenant de la Wehrmacht, Friedrich Müller, écrit dans son rapport d’engagement : « L’ennemi ne combat pas selon les règles. Il recherche le contact rapproché.

Nos soldats, formés pour la guerre moderne, ne sont pas préparés à ce type de combat primitif. »

« Primitif ». Le mot revient dans tous les rapports allemands. Mais il ne signifie pas inefficace.

Il signifie terrifiant. Herquinvilliers tient jusqu’au 17 mai, à 19h30. Trente-deux heures de combat ininterrompu. Les Allemands lancent quatorze assauts.

Les tirailleurs les repoussent tous. À la fin, il ne reste que 97 tirailleurs vivants. Plus de munitions. Plus de grenades.

Le capitaine N’Tchoréré donne l’ordre de décrocher. Mais ils ont gagné 32 heures. Et 50 kilomètres au sud, 8 000 soldats français ont eu le temps de se replier vers des lignes défensives. L’état-major allemand ne comprend pas ce qui s’est passé.

Le général-major Friedrich Kirchner, commandant de la Panzerdivision, convoque une réunion d’analyse tactique le 18 mai. Le compte-rendu existe encore. Comment une unité sous-équipée, en infériorité numérique de quinze contre un, a-t-elle pu infliger 340 pertes à notre division d’élite ? La réponse n’est pas dans les manuels militaires allemands.

Elle est dans la doctrine française des tirailleurs. Depuis 1919, l’armée française entraîne les tirailleurs selon un principe simple : le combat rapproché est leur avantage asymétrique. Les soldats européens ont appris à combattre avec des mitrailleuses, des chars, de l’artillerie. La guerre industrielle.

La guerre de distance. Les tirailleurs apprennent l’inverse. Comment réduire la distance. Le manuel d’entraînement des tirailleurs sénégalais, édition 1938, page 47, section « tactique d’engagement », précise : « Le tirailleur doit rechercher le contact.

La baïonnette est son arme décisive. L’ennemi qui voit charger un tirailleur au corps à corps perd son avantage technologique et doit combattre homme contre homme. Dans ce duel, l’entraînement et le moral l’emportent sur l’équipement. »

Et ça fonctionne.

Entre le 16 mai et le 10 juin 1940, les tirailleurs sénégalais participent à 23 batailles défensives majeures. Dans 19 d’entre elles, ils infligent plus de pertes qu’ils n’en subissent. Contre une armée allemande qui, partout ailleurs, écrase l’ennemi avec un ratio de dix contre un. Le 23 mai : 240 tirailleurs contre 2 000 Allemands.

Ils tiennent 18 heures. Château-Thierry, le 2 juin : 190 tirailleurs bloquent une division blindée pendant trois jours. Montdidier, le 8 juin : 310 tirailleurs contiennent 5 000 fantassins allemands pendant 27 heures. À chaque fois, le même schéma tactique.

Laisser l’ennemi approcher, ouvrir le feu à courte distance, charger à la baïonnette avant que l’ennemi ne se regroupe. Les Allemands développent des contre-tactiques. Bombardement prolongé. Attaque de nuit.

Utilisation massive de gaz lacrymogène pour briser les charges. Rien ne fonctionne. Parce que le problème n’est pas tactique. Il est psychologique.

Le 10 juin 1940, sur la Somme, le 24e régiment de tirailleurs sénégalais se rend après quatre jours de combat. 143 survivants sur 840 hommes. Plus de munitions. Plus d’eau.

Plus d’options. Le capitaine N’Tchoréré lève les bras. Les Allemands ouvrent le feu. Pas une rafale accidentelle.

Pas un soldat nerveux. Une exécution délibérée. Les mitrailleuses MG34 balaient les hommes désarmés pendant quarante secondes. Puis les soldats allemands finissent les blessés à la baïonnette.

97 tirailleurs exécutés. Le capitaine N’Tchoréré meurt cloué contre un arbre par quatre baïonnettes. Son corps sera retrouvé trois jours plus tard par des civils français. Ce n’est pas un incident isolé.

Entre mai et juin 1940, au moins 3 000 tirailleurs sont exécutés après s’être rendus. Pas 3 000 morts au combat. 3 000 prisonniers assassinés. Les historiens appellent cela le massacre des tirailleurs sénégalais de 1940.

Mais le mot « massacre » est insuffisant. C’est une politique systématique. Un document signé par le général Fedor von Bock, commandant du groupe d’armées B, est clair : « Les troupes coloniales françaises ne sont pas traitées selon les conventions de Genève. »

Voilà la vérité.

Les tirailleurs n’ont pas été massacrés parce qu’ils étaient noirs. Ils ont été massacrés parce qu’ils combattaient trop bien. Parce qu’ils refusaient de jouer leur rôle dans le scénario de la Blitzkrieg. Parce qu’ils transformaient chaque village en Verdun miniature.

Parce qu’ils forçaient l’armée allemande à se battre pour chaque mètre, pour chaque maison, pour chaque pont. Et l’armée d’Hitler ne savait pas gérer la peur. Un soldat allemand, Ernst Jünger, l’écrivain célèbre, sert comme officier en 1940. Son journal de guerre ne sera publié qu’en 1949.

Il y écrit, le 4 juin : « Ces Africains nous rappellent ce que nous préférerions oublier : que la guerre n’est pas une science, mais une boucherie. Et dans la boucherie, l’homme qui n’a pas peur gagne. »

Pourquoi ? Pourquoi des hommes recrutés à 8 000 kilomètres de Paris, dont beaucoup ne parlaient pas français, dont les villages n’apparaissaient sur aucune carte européenne, ont-ils combattu jusqu’à la mort pour un pays qui les considérait comme des sujets de seconde classe ?

La réponse facile serait qu’ils n’avaient pas le choix. C’est faux. Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain annonce à la radio qu’il demande l’armistice. Le message est clair : la France a perdu, déposez les armes, la guerre est finie.

Les unités françaises métropolitaines commencent à se rendre en masse. Entre le 17 et le 22 juin, 1,8 million de soldats français deviennent prisonniers de guerre. La plupart sans avoir tiré un coup de feu. Les tirailleurs, eux, continuent à combattre.

Le 18 juin, à Lyon, le 12e RTS refuse l’ordre de cesser le feu et contre-attaque les positions allemandes. Le 19 juin, à Saumur, 400 tirailleurs tiennent le pont sur la Loire pendant 72 heures, alors que toute résistance organisée française s’est effondrée. Le 20 juin, à Belfort, le dernier carré de tirailleurs charge à la baïonnette les chars allemands avec des fusils vides. Pourquoi ?

Un survivant, le sergent Mamadou Diop, est interviewé en 1985 par l’historien Myron Echenberg. Sa voix tremble, mais ses mots sont nets : « On nous avait dit que la France était notre mère patrie. D’accord. Mais une mère qui abandonne ses enfants n’est plus une mère.

Nous ne nous battions pas pour la France qui nous abandonnait. Nous nous battions pour l’honneur. Notre honneur. Celui qu’on ne peut pas nous prendre, même si on nous tue.

»

L’honneur. Pas la patrie. Pas l’idéologie. Pas même la survie.

L’honneur de ne pas être les hommes qui ont fui. Et c’est ce que l’armée allemande n’a jamais compris. On ne peut pas terroriser des hommes qui ont déjà accepté de mourir. On ne peut pas briser des hommes qui considèrent la retraite comme pire que la mort.

Les Allemands pouvaient les tuer. Mais ils ne pouvaient pas les faire reculer. Après la guerre, la France a un problème. Comment célébrer la Résistance ?

Comment construire le mythe gaulliste d’un peuple français qui ne s’est jamais rendu, quand la seule force française qui n’a jamais cessé de combattre en 1940 était composée d’Africains ? La solution est simple. On efface. Les manuels scolaires français d’après-guerre mentionnent les tirailleurs en deux lignes : « Les troupes coloniales ont participé à la défense de la France en 1940.

» Pas de détails. Pas de batailles. Pas de noms. Les films sur la Seconde Guerre mondiale, de La Grande Vadrouille à Un taxi pour Tobrouk, ne montrent jamais de tirailleur.

Quand ils apparaissent, c’est comme figurants silencieux en arrière-plan. À Airaines, où 97 tirailleurs ont été massacrés, la plaque commémorative ne les mentionne pas. Elle parle de « soldats français tombés pour la France », sans préciser qui. À Herquinvilliers, où le 16e RTS a tenu 32 heures contre une division blindée, il n’y a pas de monument.

Le capitaine N’Tchoréré, premier officier africain saint-cyrien tué au combat, n’a eu une rue à son nom à Paris qu’en 2019. 79 ans après sa mort. Pourquoi cet effacement ? Une note interne du ministère des Anciens Combattants, datée du 12 mars 1953, est explicite : « La valorisation excessive du rôle des troupes coloniales dans la défense de 1940 pourrait créer des attentes politiques problématiques dans les territoires d’outre-mer.

Il est recommandé de maintenir un récit centré sur la contribution métropolitaine. »

En français simple : on ne peut pas dire aux Africains qu’ils ont sauvé l’honneur de la France, parce qu’ensuite ils vont demander la liberté. Et ils l’ont demandée. En 1944, quand la France est libérée, 65 % des forces françaises libres du général de Gaulle sont des soldats coloniaux.

Mais lors du défilé de la victoire sur les Champs-Élysées, le 26 août 1944, de Gaulle ordonne que seuls des soldats blancs défilent. Les tirailleurs qui ont libéré Paris regardent depuis les trottoirs. En 1960, quand les colonies africaines accèdent à l’indépendance, la France oublie de payer les pensions de guerre aux anciens tirailleurs. Il faudra attendre 2010, soixante-dix ans plus tard, pour que ces pensions soient alignées sur celles des vétérans français métropolitains.

L’histoire les a effacés. Mais les archives allemandes, elles, se souviennent. En 2003, un chercheur allemand, le docteur Raffael Scheck, exhume des milliers de rapports militaires de la campagne de France. Son travail aboutit à un livre en 2006, Hitler’s African Victims.

Ce qu’il découvre détruit le mythe de la guerre propre de la Wehrmacht en 1940. Les exécutions de prisonniers tirailleurs ne sont pas des bavures. Ce sont des ordres documentés, systématiques. Au moins 48 massacres distincts entre le 16 mai et le 20 juin 1940.

Mais Scheck trouve autre chose. Des rapports d’efficacité tactique. Des analyses de performance. Des évaluations de combat.

Et dans ces documents froids, cliniques, rédigés par des officiers allemands qui n’avaient aucune raison de mentir, il y a une reconnaissance que la France n’a jamais donnée aux tirailleurs. Rapport du 10e corps d’armée allemand, 25 mai 1940 : « Les troupes sénégalaises ont infligé à nos unités les pertes les plus élevées par ratio d’effectif de toute la campagne. Leur capacité à maintenir la cohésion sous le feu et à lancer des contre-attaques offensives dépasse celle de toute autre unité française rencontrée. »

Rapport de la Première Division Panzer, 8 juin 1940 : « L’engagement contre les régiments de tirailleurs requiert trois fois plus de munitions et deux fois plus de temps que contre des unités françaises standard de même taille.

»

Analyse post-campagne de l’état-major général, août 1940 : « Si la France avait disposé de 50 000 tirailleurs au lieu de 30 000, la campagne de France aurait pu durer trois mois au lieu de six semaines. »

Les Allemands savaient exactement ce que ces hommes avaient accompli. Et quatre-vingts ans plus tard, les manuels scolaires français enseignent toujours que la France s’est effondrée en six semaines, sans résistance significative. Revenons au début.

Le 18 juin 1940. Ce capitaine allemand qui écrit dans son journal : « Ces hommes noirs combattent comme si la mort n’existait pas. »

Il avait raison. Mais il avait tort sur un point.

Ce n’était pas qu’ils n’avaient pas peur de mourir. C’est qu’ils avaient plus peur de vivre en ayant fui. 3 000 tirailleurs ont tenu tête à 300 000 Allemands. Pas pendant six heures.

Pas pendant un jour. Pendant 35 jours de combat continu. Ils ont infligé plus de 15 000 pertes à l’armée allemande. Ils ont retardé l’avance de la Wehrmacht de plusieurs jours critiques, permettant à des dizaines de milliers de soldats français de se replier vers les ports, et pour certains, de rejoindre les Forces françaises libres.

Ils ont sauvé l’honneur de la France. Et la France les a effacés. Pas par accident. Pas par oubli.

Par politique. Parce qu’admettre que les Africains avaient combattu mieux que les Européens, c’était admettre que l’empire colonial reposait sur un mensonge. Que la mission civilisatrice était une façade. Que ces hommes qu’on appelait « indigènes » étaient, au moment le plus crucial, plus courageux, plus disciplinés, plus honorables que leurs maîtres européens.

Voilà pourquoi l’école ne vous l’apprendra jamais. Voilà pourquoi les films hollywoodiens préfèrent montrer des GIs américains qui ne sont arrivés qu’en 1944. Voilà pourquoi, quand on parle de la Seconde Guerre mondiale, on parle de Dunkerque, de De Gaulle, de la Résistance. Mais jamais du capitaine N’Tchoréré cloué contre un arbre avec quatre baïonnettes pour avoir osé combattre jusqu’au bout.

Mais l’histoire a une mémoire plus longue que les politiques. Aujourd’hui, quand vous entendrez quelqu’un répéter que la France s’est rendue sans combattre, vous connaîtrez la vérité. Vous saurez que 3 000 hommes ont terrorisé l’armée d’Hitler. Vous saurez que ces hommes étaient français.

Pas par la naissance, mais par le sang qu’ils ont versé. Et vous saurez que leur sacrifice n’a pas été vain. Il attend juste que quelqu’un le raconte. Le capitaine N’Tchoréré est mort le 10 juin 1940.

Mais son histoire vient de ressusciter.