Il est deux heures du matin à la frontière entre la Palestine et le Liban. Des soldats français avancent dans l’obscurité, l’arme au poing, la gorge serrée. Ils savent qui les attend de l’autre côté : d’autres soldats français, portant le même uniforme, ayant prêté le même serment, parlant la même langue. Des ordres leur ont été donnés.

Tirer sur leurs frères. Ce qui suit est l’une des pages les plus déchirantes de notre histoire. Une guerre que la France a voulu oublier, un massacre entre frères que personne n’ose raconter. Pendant cinq semaines, des Français ont tiré sur des Français, des officiers formés ensemble à Saint-Cyr se sont retrouvés de chaque côté d’une ligne de mire.
Et lorsque les Australiens et les Britanniques, qui participaient à l’offensive, ont demandé où étaient les Allemands, la réponse fut terrible : il n’y avait pas d’Allemands. Il n’y avait que des Français. Pour comprendre cette tragédie, il faut revenir quelques mois en arrière. Le printemps 1941.
L’Allemagne nazie paraît invincible. En avril, l’Afrika Korps de Rommel atteint la frontière égyptienne. Salonique tombe le 12 avril, Athènes le 22, la Crète fin mai. Hitler contrôle désormais toute la Méditerranée orientale.
Et au milieu de cet échiquier se trouve un territoire stratégique : la Syrie et le Liban, sous mandat français depuis 1920. Mais depuis juin 1940, ce mandat appartient à Vichy. Le général Henri Dentz commande là-bas une armée de 45 000 hommes. Des troupes professionnelles, aguerries : 12 000 Français de métropole, 20 000 soldats nord-africains et coloniaux, 17 000 autochtones syriens et libanais, 90 chars opérationnels, une aviation de chasse équipée des meilleurs appareils français.
Ces hommes n’ont pas combattu en 1940. Ils ont subi l’armistice de loin, humiliés de n’avoir pas pu se battre, frustrés d’avoir manqué leur rendez-vous avec l’histoire. Le général Dentz lui-même, anti-allemand par tradition familiale, a pourtant opté pour l’obéissance totale au maréchal Pétain, allant jusqu’à rapatrier d’office, en février 1941, les officiers qu’il jugeait gaullistes et indésirables. L’engrenage se met en place le 1er avril 1941.
En Irak, pays sous influence britannique, Rachid Ali Al-Gilani, un Premier ministre pro-allemand, tente un coup d’État et fait appel à Hitler pour chasser les Anglais. L’enjeu est colossal : le pétrole irakien. Les Allemands voient l’opportunité et demandent à Vichy quelque chose d’impensable : utiliser les aérodromes syriens pour ravitailler la rébellion irakienne. Le 10 mai 1941, un télégramme arrive sur le bureau du général Dentz.
Il émane du général Huntziger, ministre de la guerre de Vichy. Le message est glaçant : au cours de ses conversations avec le Führer, l’amiral Darlan a concédé aux Allemands l’utilisation des bases aériennes du Levant. Dentz est atterré. Lui, l’anti-allemand, doit accueillir la Luftwaffe sur le sol français du Levant.
Le 28 mai, les protocoles de Paris sont signés par Darlan avec l’ambassadeur du Reich. L’Allemagne obtient l’accès aux aérodromes syriens, le port de Bizerte en Tunisie, la voie ferrée vers Gabès et même Dakar. À Alep, les observateurs voient alors quelque chose d’inimaginable : des Heinkel 111 allemands, escortés par des avions français, se posent pour refaire le plein avant de bombarder les Britanniques en Irak. Cent vingt appareils de l’Axe transiteront par la Syrie en mai 1941.
Un télégramme d’Alep décrit la scène : trois avions allemands Heinkel, escortés par un avion français, sont arrivés hier soir. Parmi les passagers, un général allemand a reçu les membres de la colonie allemande à son hôtel pendant toute la journée. Le gouvernement de Vichy affirmait qu’aucun avion allemand ne s’était posé en Syrie. Or, un Heinkel 111 endommagé est visible au milieu du terrain d’Alep.
Mais ce n’est pas tout. Des trains entiers d’armes françaises partent vers l’Irak. Le 12 mai, un convoi quitte Alep avec 22 wagons, 10 000 fusils, 250 armes automatiques et quatre canons de 75. Le même jour, un second train emporte 160 tonnes d’armes et de munitions.
La France de Vichy livre ses propres armes aux alliés d’Hitler. C’est à ce moment qu’un homme prend une décision qui va changer le cours des événements. Le colonel Philibert Collet, officier légendaire, fait chevalier pour sa bravoure lors de la révolte du Jebel Druze, commande depuis vingt ans des escadrons de cavaliers circassiens, descendants de guerriers du Caucase installés en Syrie. Collet voit les avions allemands se poser.
Il voit les trains d’armes partir vers l’Irak. Il comprend que Vichy a franchi une ligne rouge. Le 20 mai 1941, il rencontre secrètement le général Catrou, représentant de De Gaulle, à la frontière syro-transjordanienne. Le lendemain à l’aube, Collet franchit la frontière.
Avec lui : 23 officiers, 30 sous-officiers et 400 cavaliers circassiens. Il est le seul officier supérieur de l’armée du Levant à déserter pour rejoindre la France libre. Avant de partir, il écrit à ses anciens camarades restés fidèles à Vichy, un appel pressant à le rejoindre, à refuser la collaboration, à choisir l’honneur. Son appel reste sans écho.
De Gaulle, lui, lance un message à la radio le 17 mai. Ses mots sont d’une violence inouïe : « Les Allemands arrivent au Levant. La France est trahie au Levant comme elle l’a été lors de l’armistice de juin, et trahie par le même homme. Un soldat n’obéit pas aux traîtres.
Aux armes ! Tirez sur les Boches, tirez sur leurs collaborateurs, quel que soit leur grade. »
Le piège est tendu. Des deux côtés, des Français vont s’entre-tuer.
L’opération Exporter est déclenchée le 8 juin 1941 à deux heures du matin. D’un côté, les forces alliées sous commandement britannique : 18 000 Australiens, 9 000 Britanniques, 2 000 Indiens et surtout 5 000 hommes des Forces françaises libres, commandés par le général Paul Legentilhomme avec, comme chef d’état-major, un certain lieutenant-colonel Kœnig, celui-là même qui, un an plus tard, défendra Bir Hakeim. De l’autre côté, l’armée du Levant fidèle à Vichy. 45 000 hommes.
L’avantage du nombre, 90 chars contre 9 pour les FFL, une aviation moderne. Les Français libres avancent vers Damas convaincus que leurs compatriotes vont les rejoindre. Ils pensent qu’il suffira de quelques mots, de quelques poignées de main pour que l’armée du Levant bascule dans leur camp. Ils ont tort, terriblement tort.
Le général Dentz a ses ordres. Et les soldats de Vichy ont prêté serment au maréchal Pétain, un serment personnel qui les engage sur l’honneur. Les premiers tirs éclatent au franchissement du fleuve Litani. Des Français tirent sur des Français.
Les hommes de la France libre n’en croient pas leurs yeux. Ils pensaient que les soldats de Vichy se rallieraient rien qu’en leur expliquant, en leur montrant que le vrai ennemi est l’Allemagne. Un officier des FFL témoignera : « Nous avons fait de notre mieux pour éviter une lutte fratricide. Par haut-parleurs, par l’intermédiaire de parlementaires, nous avons tenté d’entrer en relation avec nos adversaires pour leur expliquer notre but.
Ils ont méprisé nos haut-parleurs et tiré sur nos parlementaires. » Le colonel Collet lui-même voit ses anciens camarades lui tirer dessus, ces hommes avec qui il partageait le même mess quelques semaines plus tôt. Ils visent désormais pour tuer. Le choc est terrible.
L’espoir de ralliement s’effondre. La bataille de Syrie sera une vraie guerre. Et quelle guerre ! Le 15 juin, devant le village de Néja, à quelques kilomètres de Damas, les Forces françaises libres subissent de lourdes pertes.
L’aviation de Vichy pilonne leurs positions. Les Dewoitine 520 français abattent des Hurricane britanniques. Le sous-lieutenant Pierre Le Gloan, as de l’aviation de Vichy, abat sept avions alliés pendant la campagne, dont six Hurricane et un Gladiator. Il devient le pilote français le plus victorieux de la guerre en tuant des Britanniques et des Français libres.
Sur mer aussi, les Français s’affrontent. Le 16 juin, le contre-torpilleur Chevalier Paul, venu de Toulon, est torpillé par des avions britanniques basés à Chypre. Le même jour, des avions français de Vichy endommagent des destroyers britanniques. Le 25 juin, le sous-marin français Souffleur est coulé par le sous-marin britannique HMS Parthian au large de Beyrouth.
Des marins français meurent sous les torpilles alliées. La bataille de Kissoué commence le 15 juin. C’est là que les Français vont vraiment affronter des Français. Les troupes indiennes attaquent frontalement à quatre heures du matin.
Elles tombent par hasard sur un régiment de tirailleurs marocains de Vichy. Après des combats acharnés, le village est pris vers huit heures trente. Mais la contre-attaque de Vichy se déclenche : chars, automitrailleuses, cavaliers, infanterie sur camions. Ils reprennent Merdjayoun aux Australiens puis foncent vers Kuneitra et Cheikh Meskine.
Le détachement Collet, ces mêmes Circassiens qui ont suivi leur colonel vers la France libre, se retrouve face à leurs anciens camarades. Le résultat est dévastateur. Tous les officiers et le tiers des escadrons du Spahi marocain sont tués ou blessés, dix chars sur douze détruits, douze automitrailleuses sur dix-sept hors de combat. Et puis il y a ces morts qui résument toute l’horreur de cette guerre fratricide.
Le 17 juin 1941, le lieutenant-colonel René Génin, major de la promotion « La Victoire » à Saint-Cyr en 1918, officier brillant qui a traversé l’Afrique pour rejoindre De Gaulle, commande la première brigade coloniale de la première division française libre. Ce jour-là, il reçoit l’ordre d’enlever le village d’Ezra tenu par des troupes de Vichy. Génin avance vers les positions ennemies. Il veut parlementer, convaincre ses compatriotes de se rendre, de rejoindre le combat contre l’Allemagne.
Une balle l’atteint en pleine tête. Tirée par un soldat français. De Gaulle écrira dans ses Mémoires : « En apprenant que beaucoup des nôtres et des meilleurs restent sur le terrain, que le colonel Génin et le capitaine de corvette Detroyat sont tués, j’éprouve à l’égard de ceux qui s’opposent à nous par point d’honneur des sentiments confondus d’estime et de commisération. »
Quatre jours plus tard, le 21 juin, c’est au tour du capitaine de corvette Robert Detroyat de tomber.
Trente ans. Il a créé le premier bataillon de fusiliers marins des Forces navales françaises libres, participé aux opérations de Dakar et du Gabon, un héros de la France libre. Aux abords de Mazé, près de Damas, il croise un détachement de soldats de Vichy. Il leur propose de les amener à son poste de commandement, de discuter, de trouver une solution.
Après quelques pas, une rafale de mitraillette l’atteint dans le dos, tirée par un officier français qu’il venait de faire prisonnier. Il s’écroule, mortellement touché, tué par un compatriote. Le premier bataillon de fusiliers marins perd 40 % de ses effectifs pendant la campagne de Syrie. Tué par d’autres Français.
Et pendant ce temps, que font les Allemands ? Rien. Absolument rien. Le 14 juin, les troupes britanniques constatent avec stupeur l’absence totale de soldats allemands en Syrie.
Les avions de la Luftwaffe ont quitté le territoire dès le début de l’offensive. Cette guerre, ce massacre fratricide, ne sert plus aucun intérêt allemand depuis que la rébellion irakienne a échoué fin mai. Mais les combats continuent, car Vichy a donné ses ordres et les soldats obéissent. Le secrétaire d’État américain Cordell Hull résume la situation le 13 juin : l’attitude de Vichy est un sujet de profond désappointement, car il n’a pas résisté à l’utilisation des aéroports syriens par l’Allemagne, alors que les termes de l’armistice ne l’exigeaient pas.
Le 21 juin, les Forces françaises libres entrent enfin dans Damas. Le même jour, l’Allemagne lance l’opération Barbarossa contre l’Union soviétique. Hitler a d’autres préoccupations que la Syrie. Mais les combats se poursuivent encore trois semaines, car le général Dentz refuse de traiter avec les dissidents gaullistes.
Sur ordre de Vichy, il négocie uniquement avec les Britanniques, comme si les Français libres n’existaient pas. Le 12 juillet à minuit une, les armes se taisent enfin. L’armistice de Saint-Jean-d’Acre est signée le 14 juillet, jour de la fête nationale, symbole cruel d’une France déchirée. Le général Wilson signe pour les Britanniques, le général de Verdilhac pour Vichy.
Le général Catrou est présent pour la France libre, mais il n’est pas invité à signer. Vichy refuse jusqu’au bout de reconnaître la légitimité de ceux qui ont choisi de continuer le combat. Le bilan est effroyable. Du côté de Vichy : 1 095 tués, 2 350 blessés, plus de 3 000 prisonniers.
Du côté des Alliés : 416 Australiens tués, 600 Britanniques et Indiens tués ou blessés, et les Forces françaises libres perdent 300 tués ou blessés sur 5 000 hommes engagés, des pertes considérables pour une armée qui avait désespérément besoin de chaque soldat. Au total, plus de 1 400 Français sont morts, tués par d’autres Français. Et ce n’est pas fini, car maintenant vient le moment du choix. Conformément à l’armistice, les soldats de Vichy peuvent soit rentrer en France, soit rejoindre les Forces françaises libres pour continuer le combat contre l’Allemagne.
De Gaulle espère des ralliements massifs. Il pense que ces hommes, qui viennent de se battre avec tant d’acharnement, voudront enfin tourner leurs armes contre le vrai ennemi. Le résultat est une humiliation. Sur 32 380 militaires de l’armée du Levant, seulement 5 848 choisissent de rejoindre la France libre.
Moins de 18 %. Plus de 32 000 préfèrent rentrer en France, occupée par les Allemands, plutôt que de se battre à leurs côtés. Le rapatriement commence le 7 août. Des convois de bateaux quittent Beyrouth pour Marseille.
Les troupes du Levant embarquent devant les bataillons australiens alignés sur le quai, leur rendant les honneurs militaires. Les Australiens, qui ont perdu 416 des leurs dans cette bataille, saluent ceux qui les ont tués. Un geste de respect entre soldats qui souligne l’absurdité de cette guerre. Le général Dentz est le dernier à partir, en septembre 1941.
Il sera décoré par Vichy lors d’une cérémonie à Alger, présidée par l’amiral Darlan lui-même, pour avoir fait son devoir. Pour avoir fait tuer des Français par des Français. Pendant ce temps, la France libre ne récupère qu’une poignée de volontaires : 1 600 Européens, 400 Nord-Africains, 1 100 Nord-Africains des troupes spéciales. Ces chiffres sont un coup au cœur pour De Gaulle, qui espérait tellement plus.
L’obéissance au maréchal l’a emporté. Parmi ces quelques milliers de ralliés, certains se retrouveront à Bir Hakeim un an plus tard, face à Rommel, cette fois contre le vrai ennemi. Mais ce qu’il y a de plus amer dans cette histoire, c’est peut-être ce qui se passe après. La Grande-Bretagne récupère une influence considérable sur la Syrie et le Liban.
De Gaulle l’a compris. Le 25 juillet 1941, il signe les accords Lyttelton qui règlent les relations franco-britanniques au Levant. Mais le mal est fait. Quatre ans plus tard, en mai 1945, quand les Français tenteront de maintenir leur présence au Levant, les Britanniques leur imposeront un ultimatum.
Les troupes françaises devront se retirer. La Syrie et le Liban deviendront indépendants. Cette campagne de 1941, ce massacre fratricide, n’aura servi qu’à accélérer la fin de la présence française au Moyen-Orient. Alors, pourquoi cette histoire a-t-elle été effacée de notre mémoire ?
Peut-être parce qu’elle est trop douloureuse, trop complexe, trop honteuse. Elle ne correspond à aucun récit glorieux : ni celui de la Résistance, car ses héros ont tué d’autres Français ; ni celui de Vichy, car ses soldats ont combattu aux côtés des Britanniques. Elle révèle une vérité que personne ne veut entendre : en 1941, la majorité des soldats français a préféré obéir à Vichy plutôt que rejoindre De Gaulle. Même après avoir vu des avions allemands se poser sur le sol français, même après avoir vu des trains d’armes partir vers l’Irak, le serment au maréchal, la discipline, l’obéissance aux ordres ont pesé plus lourd que tout le reste.
Et ceux qui ont fait le choix inverse, ceux qui ont rejoint la France libre, ont dû payer le prix du sang, versé par leurs propres compatriotes. Henri de Wailly, l’un des rares historiens à avoir étudié cette guerre en détail, l’a écrit : cette guerre transforma des frères d’armes en frères ennemis, au point que la sonnerie du boudin pouvait retentir de part et d’autre du front, des légionnaires tirant sur des légionnaires. Mais il y a une lueur dans cette obscurité. Certains de ceux qui se sont affrontés en Syrie se retrouveront plus tard, unis à Bir Hakeim, en Italie, en France.
Le lieutenant-colonel Kœnig, chef d’état-major de la première DFL en Syrie, deviendra le héros de Bir Hakeim un an plus tard. Les survivants du premier bataillon de fusiliers marins, ceux qui ont perdu Detroyat, combattront à Bir Hakeim, El Alamein, en Tunisie, en Italie, en Provence et jusqu’en Allemagne. Et parmi les ralliés de Syrie, certains mourront pour la France, la vraie France, celle qui a refusé de capituler devant Hitler. Cette histoire mérite d’être racontée, non pas pour juger, mais pour comprendre.
Comprendre que la guerre civile était possible en France dès 1941. Comprendre que le choix entre l’obéissance et l’honneur n’a rien d’évident quand on porte un uniforme. Comprendre que des hommes sincères, des patriotes sincères ont pu se retrouver des deux côtés d’une ligne de front. Et surtout, comprendre que ceux qui ont choisi la France libre, ces 5 848 sur 32 000, ont fait un choix extraordinaire qui leur a coûté leur carrière, leurs amitiés, parfois leur vie.
Ils ont choisi de combattre le vrai ennemi, même si cela signifiait d’abord affronter leurs propres frères. Parmi eux, le colonel Collet, celui qui a tout risqué pour traverser la frontière avec ses Circassiens. Il sera nommé général de brigade puis général de division, grand officier de la Légion d’honneur, compagnon de la Libération. Mais il mourra en avril 1945 à Toulouse, épuisé par des années de combat, sans avoir vu la victoire finale.
Son fils unique Ronald, né en 1930, grandira sans père, comme tant d’autres enfants de cette génération sacrifiée. La campagne de Syrie reste l’une des pages les plus sombres de notre histoire. Une horrible réussite d’Hitler, comme l’a dit De Gaulle, car le Führer avait réussi à faire s’entre-tuer les Français sans même avoir besoin d’engager un seul soldat allemand. Plus de 1 400 morts français tués par des Français pour une cause qui ne servait plus personne.
C’est peut-être la plus cruelle des victoires d’Hitler, celle qu’il a remportée sans combattre. Ces hommes, des deux côtés, méritent qu’on se souvienne d’eux. Non pas comme des héros ou des traîtres, mais comme des Français pris dans une tragédie qui les dépassait.


