Le 14 juin 1940, dans la salle à manger de l’hôtel Splendide à Bordeaux, deux hommes se croisent pour la dernière fois. L’un a 89 ans, l’autre 49. Ils se serrent la main sans échanger un mot. Puis ils se séparent pour toujours.

Charles de Gaulle, qui n’a rien, s’apprête à monter dans un avion pour Londres, où il n’a ni troupes, ni légitimité, ni même l’assurance d’être écouté. Philippe Pétain, qui a tout — le prestige, le titre de maréchal de France, la vénération de tout un peuple — s’apprête à signer l’armistice avec l’Allemagne nazie. Le maître et le disciple, le père spirituel et le fils rebelle, choisissent alors des chemins opposés. Tout avait commencé en 1912, à Arras.
Le colonel Philippe Pétain, un officier de 56 ans au regard froid, à la moustache blanche, à la réputation trop défensive pour une époque qui ne jurait que par l’offensive à tout prix, commande alors le 33e régiment d’infanterie. Il a failli ne jamais faire carrière, jugé trop lent, trop prudente par ses supérieurs. Ce jour-là, un jeune lieutenant fraîchement sorti de Saint-Cyr se présente à lui. Grand, raide, un peu trop sûr de lui.
Il s’appelle Charles de Gaulle et il a 22 ans. Pétain le regarde et voit immédiatement quelque chose d’exceptionnel. Une flamme, une intelligence hors du commun. Il le prend sous son aile.
Entre eux naît une relation rare dans le monde militaire : une admiration réciproque, sincère. Pétain voit en de Gaulle son héritier, peut-être même le futur généralissime de l’armée française. De Gaulle voit en Pétain le plus grand soldat vivant de la République. Ils sont différents en tout — l’un croit à la défensive, l’autre rêve de chars, de vitesse, de guerre de mouvement — mais ils se comprennent.
En 1916 vient Verdun. L’enfer. La bataille la plus meurtrière de la Première Guerre mondiale. Pendant des mois, sous des pluies d’acier, la France retient son souffle.
C’est Pétain qu’on envoie tenir la ligne. Il réussit l’impossible. Il organise la voie sacrée, cette route entre Bar-le-Duc et Verdun par laquelle défilent des milliers de camions pour ravitailler le front sans interruption. Il fait tourner les régiments pour éviter l’épuisement total des hommes.
Il dit à ses soldats qu’ils ne sont pas de la chair à canon. À Verdun, Pétain devient la France. Toute la France le sait. De Gaulle, lui, combat aussi à Verdun.
Le 2 mars 1916, au fort de Douaumont, il est blessé et fait prisonnier par les Allemands. Il passe deux ans et demi en captivité en Bavière, à ronger son frein, à tenter de s’évader plusieurs fois sans succès. Pendant ce temps, son mentor accumule les lauriers. Quand de Gaulle rentre en France en décembre 1918, Pétain est le héros de la nation.
De Gaulle est un capitaine inconnu, marqué par la honte d’avoir été capturé. Mais Pétain ne l’oublie pas. En 1925, il le fait venir à son cabinet personnel à Paris. Il lui confie une mission délicate : rédiger le livre qu’il projette d’écrire pour entrer à l’Académie française.
De Gaulle devient sa plume, son dauphin. Pendant des années, les deux hommes travaillent côte à côte, dans une relation étrange faite de respect et de tension sourde. Car de Gaulle n’est pas un homme à rester dans l’ombre d’un autre. Progressivement, il s’émancipe.
Il développe ses propres théories militaires. Des théories que Pétain refuse d’entendre. De Gaulle veut une armée de chars rapide, mobile, capable d’attaques éclair. Pétain, lui, croit à la défensive, aux fortifications, à la ligne Maginot.
C’est un désaccord fondamental. En 1934, de Gaulle publie « Vers l’armée de métier », un livre qui contredit directement la doctrine de son ancien mentor. La rupture intellectuelle est consommée. La rupture humaine viendra six ans plus tard.
En 1940, la France s’effondre. En quelques semaines, la Wehrmacht traverse le pays comme un couteau dans du beurre. Les chars allemands contournent la ligne Maginot par les Ardennes. Exactement ce que de Gaulle avait prédit depuis des années et que personne n’avait voulu écouter.
Le gouvernement français recule, d’abord à Tours, puis à Bordeaux. Le pays est en panique. C’est dans ce chaos que les deux hommes se croisent une dernière fois, à Bordeaux. Le 14 juin 1940.
De Gaulle aperçoit Pétain dans la salle de l’hôtel. Il s’approche. Ils se serrent la main en silence, puis se séparent. Ils ne se reverront plus jamais.
Deux jours plus tard, Pétain est nommé président du Conseil. Il a 84 ans. Le 17 juin, il passe à la radio et dit aux Français qu’il faut cesser le combat. Le 22 juin, il signe l’armistice à Rethondes, dans le même wagon-salon où l’Allemagne avait capitulé en 1918.
La France est coupée en deux. Le gouvernement s’installe à Vichy. Ce n’est plus la République française, c’est l’État français, et Pétain en est le chef absolu. Le lendemain du discours de Pétain, de Gaulle monte dans un avion pour Londres.
Le 18 juin 1940, depuis les studios de la BBC, il lance son appel. Sa voix grésille dans les radios de quelques milliers de Français qui ont eu la chance de l’entendre. Il dit que la guerre n’est pas finie, que la France n’est pas morte, que quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre. Vichy répond rapidement.
Le 2 août 1940, le gouvernement de Pétain condamne de Gaulle à mort par contumace pour désertion et trahison. Le disciple est désormais l’ennemi. Et c’est l’ancien mentor qui signe la sentence. Pendant que de Gaulle reconstruit une France libre depuis Londres, puis depuis Alger, le régime de Vichy s’enfonce.
Pétain a accepté de rencontrer Hitler à Montoire le 24 octobre 1940. Une poignée de main. Une photo. La collaboration est officiellement scellée.
Les affiches de propagande du régime montrent le visage du maréchal avec le slogan : « Suivez-moi ! Gardez votre confiance en la France éternelle. » Mais ce que font les hommes de Vichy sous couvert de cette confiance est une autre histoire. Ils livrent aux Allemands des résistants français.
Ils organisent le service du travail obligatoire qui expédie des centaines de milliers de Français travailler de force dans les usines du Reich. Et en juillet 1942, lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver à Paris, la police française — pas les Allemands — arrête treize mille juifs, dont quatre mille enfants, pour les livrer aux nazis. Les autorités allemandes n’avaient même pas demandé que les enfants soient arrêtés. C’est Vichy qui l’a décidé seul.
Au total, sous le régime de Pétain, cent cinquante mille otages seront fusillés. Sept cent cinquante mille ouvriers français partiront travailler de force en Allemagne. Cent vingt-six mille personnes seront envoyées vers les camps d’extermination. Sur elles, à peine quinze cents reviendront vivantes.
Et Pétain, il laisse faire. Il signe. Il se tait. Septembre 1944.
Paris est libéré. De Gaulle descend les Champs-Élysées sous les ovations d’une foule en délire. La France se réveille. Et la question qui traîne dans tous les esprits, que personne n’ose encore poser tout à fait ouvertement : que va-t-on faire de Pétain ?
Le maréchal se retrouve à Sigmaringen, en Allemagne, où les Allemands ont emmené dans leur retraite les derniers dignitaires de Vichy. Il vit dans le château princier des Hohenzollern, refusant de participer aux activités du gouvernement fantôme que les nazis ont mis en place autour de lui. Il sait que tout est fini. Et il prend une décision étonnante.
Le 5 avril 1945, il écrit une lettre à Hitler pour demander l’autorisation de retourner en France afin de répondre de ses actes devant le peuple français. Hitler refuse. Mais quelques jours plus tard, la situation militaire se dégrade si vite que les Allemands ne peuvent plus rien imposer à personne. Pétain obtient de partir pour la Suisse.
À Berne, les autorités suisses lui proposent l’asile. Il refuse. Il veut rentrer. Le 26 avril 1945, Philippe Pétain, maréchal de France, 89 ans, se présente au poste frontière de Vallorbe, côté Suisse.
De l’autre côté de la frontière, le général Koenig l’attend, mandaté par de Gaulle. Pétain franchit la frontière. Il est immédiatement arrêté, mis en état d’arrestation par celui qui fut son élève, son disciple, son fils spirituel. On l’emmène en train vers Paris.
À la gare de Pontarlier, une foule hostile l’attend sur le quai. Des communistes scandent : « À mort Pétain ! Pétain au poteau ! » Des pierres sont lancées contre les vitres du wagon.
Le train repart dans la nuit. Le lendemain matin, il arrive en Gardini, au sud-ouest de Paris. On le conduit au fort de Montrouge, dans la banlieue sud. Il est enfermé dans une cellule froide.
Ses gardes sont d’anciens résistants. Trois mois d’attente. Puis, le 23 juillet 1945, le procès s’ouvre au palais de justice de Paris. La salle est bondée.
La chaleur est écrasante. On attend l’accusé. La porte s’ouvre, et Philippe Pétain entre en uniforme de maréchal de France. Une seule décoration sur la poitrine : la médaille militaire.
Toute la salle se lève comme un seul homme. Même ses ennemis. Même ceux qui veulent sa tête. Il y a dans ce geste quelque chose d’involontaire, de physique, comme si la mémoire collective de Verdun s’était levée d’un seul coup.
Le président de la haute cour lit l’acte d’accusation. Haute trahison. Intelligence avec l’ennemi. Complot contre la sûreté de l’État.
Pétain se lève. Il parle une seule fois. Il dit que c’est le peuple français qui lui a confié le pouvoir par ses représentants réunis en Assemblée nationale le 10 juillet 1940, et que c’est au peuple français qu’il doit rendre des comptes, pas à cette cour. Puis il se rassoit, et il ne dira plus rien.
Pendant tout le procès. Il se tait. Il laisse ses avocats parler. Il regarde droit devant lui.
Ce silence pèse plus lourd que n’importe quel discours. Les témoins défilent. Des généraux, d’anciens présidents du Conseil, des résistants. Léon Blum, l’ancien chef du gouvernement du Front populaire, que Vichy avait envoyé en déportation à Buchenwald, prend la parole le 27 juillet.
Il raconte comment on a dit aux Français, après la défaite, que cette armistice était honorable, qu’elle ne les trahissait pas, et que les Français l’ont cru parce que l’homme qui leur tenait ce discours parlait au nom de Verdun, au nom de la gloire passée. Blum appelle cela un abus de confiance morale. Et il dit : « Oui, je crois que c’est la trahison. »
Pierre Laval, l’ancien vice-président du gouvernement de Vichy, témoigne lui aussi.
Et là, coup de théâtre : Laval révèle que Pétain n’avait pas exprimé de répugnance avant de se rendre à Montoire pour rencontrer Hitler en octobre 1940. C’est son propre complice qui l’enfonce. Le 11 août, le procureur général Mornet prononce son réquisitoire. Il réclame la peine de mort.
Le 15 août 1945, à quatre heures et demie du matin, après sept heures de délibération, la haute cour rend son verdict. Philippe Pétain, maréchal de France, vainqueur de Verdun, chef de l’État français pendant l’occupation, est déclaré coupable de haute trahison et d’intelligence avec l’ennemi. Il est condamné à mort, à l’indignité nationale, à la confiscation de tous ses biens et à la destitution de toutes ses fonctions. La peine de mort pour un homme de 89 ans, seul dans sa cellule du fort de Montrouge.
Deux jours après le verdict, le 17 août 1945, de Gaulle intervient. En tant que chef du gouvernement provisoire de la République française, il commue la peine capitale en emprisonnement à vie. La vie du maréchal est sauvée. Mais c’est de Gaulle lui-même qui signe la décision.
L’homme que Vichy avait condamné à mort en 1940 est maintenant celui qui décide que Pétain ne sera pas fusillé. De Gaulle expliquera plus tard ce choix. Il dira que l’âge du maréchal rendait l’exécution impossible à justifier. Mais il y a dans ce geste quelque chose de plus profond, que les historiens débattent encore aujourd’hui.
De Gaulle avait-il encore au fond de lui quelque chose qui ressemblait à du respect pour cet homme ? Ou était-ce simplement un calcul politique : éviter de faire de Pétain un martyr, éviter que la France se déchire encore davantage autour de cette figure ? Dans ses mémoires, de Gaulle écrira : « Pétain avait été un grand homme, mort en 1925. Le drame, c’est qu’il ne l’a pas su.
»
Cette phrase dit tout. Elle dit que de Gaulle croyait sincèrement que le vrai Pétain, celui de Verdun, le Pétain soldat, avait disparu bien avant 1940. Que celui qui avait signé l’armistice, serré la main d’Hitler, laissé déporter des Juifs, était un vieillard déjà mort à lui-même, prisonnier de son propre mythe et d’une ambition que l’âge avait rendue aveugle. Pétain est d’abord transféré au fort du Portal, dans les Pyrénées, une forteresse isolée entre Pau et la frontière espagnole.
Puis, en novembre 1945, on l’emmène encore plus loin : sur l’île d’Yeu, au large des côtes vendéennes, dans l’Atlantique. On l’installe au fort de Pierre-Levée. Une cellule, une vue sur la mer, et le silence. Les années passent.
Des pétitions circulent pour demander sa grâce. En 1946, le président américain Harry Truman intercède personnellement auprès du gouvernement français pour demander sa libération. En vain. Le général Franco d’Espagne fera de même en 1949.
Même la reine Marie d’Angleterre plaiderait en sa faveur. Aucune demande ne prospère. Aucun gouvernement de la Quatrième République naissante n’est prêt à risquer l’impopularité que provoquerait la libération du maréchal. Et puis, le 23 juillet 1951, exactement six ans après l’ouverture de son procès, Philippe Pétain meurt sur l’île d’Yeu.
Il a 95 ans. Il meurt prisonnier, seul, les yeux tournés vers un océan qu’il n’a jamais pu traverser pour rentrer chez lui. Sa femme, Eugénie, a passé des années à voyager régulièrement depuis Paris jusqu’à cette île perdue pour lui rendre visite. Elle survivra à son mari de dix ans.
La mort de Pétain provoque une émotion étrange dans le pays. Une foule se rassemble spontanément à Paris autour de l’Arc de Triomphe. Ce n’est pas une manifestation politique. C’est quelque chose de plus confus, de plus humain.
La France pleure un homme qu’elle avait condamné parce qu’elle n’arrivait pas à séparer complètement le traître de Vichy du héros de Verdun. Ces deux images habitaient le même visage. Et cette impossibilité à choisir, cette douleur-là ne s’est pas dissipée avec la mort du maréchal. Elle a perduré.
En 1966, lors du cinquantenaire de la bataille de Verdun, de Gaulle, devenu président de la République, prononce un discours à l’ossuaire de Douaumont. Il évoque le vainqueur de Verdun sans prononcer le nom de Pétain, qui a été coupé au montage de la retransmission. Mais dans le texte original du discours, il dit : « Si, par malheur, en d’autres temps, au milieu d’événements excessifs, l’usure de l’âge mena le maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire qu’il avait acquise à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie. »
C’est la façon qu’a choisie de Gaulle de faire la paix avec cette histoire : reconnaître les deux vérités en même temps.
Le héros et le traître. Le même homme. Ce qui est peut-être le plus troublant dans cette histoire, ce n’est pas la trahison elle-même. Ce n’est pas le procès.
Ce n’est même pas la mort solitaire sur une île atlantique. C’est ce que cette histoire dit sur la nature humaine. Sur la façon dont un homme peut être à la fois immense et misérable. Sur la façon dont la gloire peut se retourner contre celui qui en est porteur jusqu’à l’écraser.
Pétain avait sauvé Verdun. Il avait économisé le sang de ces hommes à une époque où les généraux les jetaient par vagues entières dans les barbelés et les mitrailleuses. Il avait été, en 1916, quelque chose comme un humaniste dans un monde de boucherie. Et trente ans plus tard, les hommes qui portaient sa photo dans leur portefeuille, qui pleuraient quand il passait dans leur village, qui chantaient des cantiques en son honneur, ces mêmes hommes, sous sa bannière et avec sa bénédiction silencieuse, avaient livré leurs voisins aux nazis.
Il y a dans cette trajectoire quelque chose qui dépasse la simple trahison politique. Il y a la démonstration brutale qu’aucun passé glorieux ne protège contre les mauvais choix du présent. Que la grandeur d’un homme ne s’évalue pas à ce qu’il a fait à son plus beau moment. Elle s’évalue à ce qu’il a choisi de faire quand les circonstances le mettaient à l’épreuve pour la dernière fois.
De Gaulle l’avait compris. C’est pour cela qu’il n’a pas fait fusiller Pétain. Non par faiblesse, non par sentiment, mais parce qu’exécuter le vainqueur de Verdun aurait été une façon de tuer aussi cette part de France que Pétain avait un jour incarnée. Il fallait laisser Pétain mourir de lui-même, lentement, sur son île, avec son poids, avec ses actes, sans lui offrir la mort rapide qui aurait pu ressembler à une rédemption.
La France a jugé. La France a condamné. La France a laissé l’histoire faire le reste. Il y a dans tout cela une question qui reste ouverte, que les historiens n’ont jamais complètement résolue et que les Français eux-mêmes n’ont jamais tout à fait tranchée.
Pétain savait-il vraiment ce qu’il faisait ? Était-il un criminel conscient, qui avait choisi de collaborer pour des raisons idéologiques — sa haine des communistes, son mépris pour la République, ses convictions réactionnaires profondes ? Ou était-il un vieillard de 84 ans dépassé par les événements, manipulé par des hommes plus habiles et plus cyniques que lui, comme Pierre Laval, incapable de mesurer les conséquences réelles de ce qu’il signait ? La vérité est probablement quelque part entre les deux.
Et c’est précisément cette ambiguïté qui fait que l’histoire de Pétain reste, en France, une blessure qui n’a jamais complètement cicatrisé. Il y a des noms que l’on ne prononce pas sans un malaise dans certaines familles françaises. Des grands-parents qui ont eu la photo du maréchal au-dessus de leur cheminée. Des arrière-grands-pères qui ont travaillé pour le régime, parfois sans bien comprendre, parfois en comprenant très bien.
La Seconde Guerre mondiale a laissé en France des fractures intimes que les décennies n’ont pas effacées. Et Pétain est au centre de tout cela. Ce nom qui condense à lui seul la honte et la gloire, la lâcheté et le sacrifice, la déchéance et la grandeur perdue. De Gaulle avait dit que la vie de Pétain avait été successivement banale, puis glorieuse, puis déplorable, mais jamais médiocre.
C’est peut-être la plus juste épitaphe qu’on puisse écrire sur cet homme : « Jamais médiocre. » Toujours à l’extrême de quelque chose. À l’extrême de la gloire en 1916. À l’extrême de la chute en 1940.
Et à l’extrême de la solitude en 1951, les yeux ouverts sur l’Atlantique, dans une cellule du fort de Pierre-Levée, sur une île que la plupart des Français auraient eu du mal à trouver sur une carte. C’est ça, l’histoire de Philippe Pétain et de Charles de Gaulle. L’histoire d’un maître et d’un disciple qui ont choisi, au moment le plus décisif de l’histoire de leur pays, des chemins exactement opposés. L’un a fui vers Londres avec rien.
L’autre est resté pour signer la capitulation avec tout le poids de sa gloire. Et c’est celui qui avait tout — le titre, la légitimité, l’autorité, l’amour du peuple — qui a perdu. Et c’est celui qui n’avait rien d’autre que sa certitude et sa voix qui a gagné. L’histoire ne se souvient pas toujours de ceux qui avaient raison.
Mais cette fois-là, elle a fait exception.


