3 700 Français Ont Humilié L’Armée de 35 000 Hommes de Rommel — Voici Comment

3 700 Français Ont Humilié L'Armée de 35 000 Hommes de Rommel — Voici Comment

Le sable brûlant du désert libyen n’avait encore jamais vu cela. Le 26 mai 1942, Erwin Rommel, le célèbre « Renard du désert », lançait son offensive fulgurante vers le canal de Suez, fort de 35 000 soldats germano-italiens, de centaines de chars Panzer et d’un appui aérien massif de la Luftwaffe. Rien ne semblait pouvoir arrêter cette machine de guerre.

Pourtant, un obstacle inattendu allait transformer cette marche triomphale en un cauchemar de seize jours.

Ce point d’eau perdu, Bir Hakeim, « le puits du sage », était défendu par une garnison de seulement 3 700 hommes. Mais ces hommes n’étaient pas des soldats ordinaires. C’étaient des Français libres, des volontaires venus des quatre coins du monde.

Rommel, confiant, avait prévu une formalité de quelques heures. Il confia l’assaut initial à la division blindée italienne Ariete, pensant que cela suffirait à balayer ces « vaincus de 1940 ».

L’attaque italienne, lancée à l’aube, se brisa net sur les positions françaises. En une heure, 35 chars italiens brûlaient dans le désert, leurs carcasses fumantes témoignant d’une résistance inattendue. Les rapports qui parvinrent à l’état-major allemand étaient incrédules.

Comment une garnison si faible, armée de canons de 75 mm datant de la Première Guerre mondiale, avait-elle pu infliger de telles pertes ?

Rommel, d’abord irrité, commença à s’intéresser sérieusement à ce point sur la carte. Ce qui devait être une simple formalité devenait une question d’honneur. La Première Brigade Française Libre du général Kœnig n’était pas une unité homogène.

C’était une mosaïque humaine : des légionnaires de la 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère, dont 300 républicains espagnols, des tirailleurs noirs d’Afrique équatoriale, des fusiliers marins de Dunkerque, des Tahitiens et Néo-Calédoniens du bataillon du Pacifique.

Il y avait aussi des Nord-Africains, des Malgaches, des Indochinois, des Libanais, des Pondichériens. Pour les nazis, cette diversité raciale aurait dû être une faiblesse fatale. Mais ces hommes partageaient un point commun essentiel : ils étaient tous des volontaires.

Chacun avait refusé la défaite de 1940, traversant océans et déserts pour continuer le combat. Les volontaires ne se rendent pas facilement.

Les premiers jours de juin, Rommel resserra l’étau autour de Bir Hakeim. La division Trieste attaqua par le nord-ouest, la 90e division légère allemande par le sud-est. L’artillerie lourde pilonnait sans relâche, les bombardiers Stuka déferlaient en vagues successives.

Les Français tenaient. Le 3 juin, Rommel fit un geste rare : il rédigea personnellement un ultimatum au général Kœnig, promettant une destruction certaine.

La réponse française fut cinglante : une salve de canon du 1er régiment d’artillerie. Pas de message, pas de négociation. Juste le tonnerre des obus.

Rommel, habitué à voir ses ultimatums respectés, envoya deux autres sommations. Chaque fois, le même silence méprisant, suivi du feu de l’artillerie française. Cette obstination commença à irriter profondément le général allemand.

Rommel écrivit plus tard dans ses mémoires : « Sur le théâtre d’opération africain, j’ai rarement vu combat plus acharné. » Rarement. Cet homme avait pris Tobrouk, affronté les meilleures divisions britanniques.

Et ce sont des Français, les vaincus de 1940, qui lui offraient l’un des combats les plus durs de sa carrière. La Luftwaffe se déchaîna avec une violence inouïe.

Entre le 2 et le 11 juin, les bombardiers allemands effectuèrent 1 300 sorties sur cette position de quelques kilomètres carrés. Les Stuka piquaient en hurlant, lâchaient leurs bombes, remontaient, revenaient encore et encore. Un observateur nota que c’était l’une des concentrations de bombardement les plus intenses de toute la campagne d’Afrique du Nord pour une position de cette taille.

Les Français avaient creusé leurs positions dans la roche dure du désert, au pic et à la barre à mine. Ils vivaient sous terre avec leurs blessés, leurs morts enterrés à côté d’eux. Deux litres d’eau par jour et par homme, dont un litre pour la cuisine collective.

Un seul litre pour étancher la soif pendant douze heures de combat sous un soleil de plus de 40 degrés.

La chaleur était écrasante, le sable s’infiltrait partout. Les hommes étaient épuisés, déshydratés, bombardés sans relâche. Mais quand les vagues d’assaut allemandes se levaient après les bombardements, elles étaient accueillies par un feu nourri, comme si les bombes n’avaient rien changé.

Un officier allemand nota avec frustration : « L’adversaire se terrait dans ses trous et restait invisible. »

Le 8 juin, Rommel prit une décision qui en dit long sur son état d’esprit. Il vint personnellement diriger les opérations contre Bir Hakeim. Le commandant en chef de l’Afrika Korps, menant une offensive stratégique vers le canal de Suez, venait s’occuper lui-même d’un point d’eau défendu par moins de 4 000 hommes.

« Il me faut Bir Hakeim, le sort de mon armée dépend de cette position », cria-t-il à ses commandants.

Ce n’était pas tout à fait vrai. Rommel pouvait contourner Bir Hakeim. Mais ces Français étaient devenus une obsession personnelle, une épine dans sa fierté de général.

Il détourna des unités entières, concentra des moyens disproportionnés sur ce petit périmètre. Les 9 et 10 juin furent les jours les plus violents. Les Stuka effectuaient plus de 100 sorties par jour.

Malgré cela, chaque assaut était stoppé dans les fortifications françaises. Rommel lui-même raconta : « Malgré son mordant, cet assaut fut stoppé par le feu de toutes les armes dont disposaient les encerclés. C’était un admirable exploit de la part des défenseurs.

» Admirable. Le mot vient de l’ennemi lui-même.

Dans la nuit du 10 au 11 juin, après 16 jours de résistance acharnée, les munitions s’épuisaient. L’eau manquait cruellement. Les Britanniques, submergés ailleurs, ne pouvaient plus envoyer de renforts.

Le général Kœnig reçut l’ordre de se replier. Mais comment évacuer une garnison encerclée par deux divisions ennemies ?

Kœnig choisit l’option la plus audacieuse : une sortie de vive force en pleine nuit à travers les lignes allemandes. À 23h30, les véhicules français s’élancèrent tous feux éteints dans l’obscurité du désert. Ils foncèrent droit sur les positions ennemies.

Les moteurs rugissaient, les roues soulevaient des nuages de sable. La confusion fut totale chez les Allemands.

Un témoignage allemand résume l’incompréhension de cette nuit : « On avance à l’allure d’un homme au pas. Mais l’ennemi ne réagit que faiblement. Surpris, il ne comprend rien.

Ses factionnaires, son dispositif d’alerte sont débordés. » Des camions sautaient sur des mines, des véhicules étaient touchés, mais la colonne française continuait, elle perçait.

Au matin, les deux tiers de la brigade française avaient rejoint les lignes britanniques. Ils avaient percé l’encerclement. Après 16 jours de siège, après avoir repoussé des dizaines d’assauts, ils avaient glissé entre les doigts de Rommel comme du sable.

Pour le général allemand, c’était un échec cuisant. Il avait pris Bir Hakeim, mais les Français étaient partis.

Les réactions à la bataille dépassèrent largement le cadre militaire. Winston Churchill reçut le général de Gaulle le 10 juin. « C’est un des plus hauts faits d’armes de cette guerre », lui déclara-t-il.

« En retardant de 15 jours l’offensive de Rommel, les Français libres de Bir Hakeim auront contribué à sauvegarder le sort de l’Égypte et du canal de Suez. »

Churchill rebaptisa les forces françaises libres les « Fighting French », les Français combattants. Le maréchal Auchinleck, commandant britannique au Moyen-Orient, déclara publiquement : « Les Nations Unies se doivent d’être remplies d’admiration et de reconnaissance à l’égard de ces troupes françaises et de leur vaillant général Kœnig. »

Même les collaborationnistes de Vichy furent forcés de reconnaître l’évidence. Le magazine L’Illustration, pourtant ultra-collaborationniste, écrivit : « La défense de Bir Hakeim avait été confiée à des Français dissidents. Ceux-ci résistèrent héroïquement sous un feu d’enfer durant plus de dix jours.

» Héroïquement. Le mot venait d’un journal qui soutenait l’Allemagne nazie.

Hitler lui-même aurait déclaré, selon plusieurs sources : « Les Français sont les meilleurs soldats du monde après les Allemands. » Le général allemand von Mellenthin, qui servit sous Rommel, écrivit après la guerre : « Dans toute la guerre du désert, nous n’avons jamais rencontré une défense plus héroïque et mieux soutenue. »

Ces mots venaient de l’ennemi. Ils n’étaient pas prononcés pour flatter, mais arrachés à contrecœur à des hommes qui avaient tout fait pour écraser ces défenseurs. Et c’est précisément pour cela qu’ils en disent plus que tous les discours officiels.

Sur le plan stratégique, les 16 jours de résistance eurent des conséquences considérables. Pendant que Rommel s’acharnait sur ce petit périmètre, la 8e armée britannique put se replier en bon ordre, préparer les positions défensives d’El Alamein, recevoir des renforts. Sans Bir Hakeim, Rommel aurait peut-être atteint le canal de Suez.

Churchill lui-même reconnut plus tard : « Sans la résistance de Bir Hakeim, la guerre eût duré deux ans de plus. »

Mais l’impact psychologique fut peut-être plus important encore. Depuis juin 1940, la France était considérée comme une nation vaincue. Les Allemands méprisaient les Français.

Les Alliés doutaient de leur capacité à combattre. Bir Hakeim changea cette perception du tout au tout. Pour la première fois depuis deux ans, des soldats français avaient affronté la Wehrmacht et l’avaient fait reculer.

De Gaulle envoya un télégramme à Kœnig le 10 juin : « Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil. » Dans une France occupée, humiliée, divisée, Bir Hakeim offrait un symbole d’espoir. La preuve que des Français pouvaient encore se battre et faire trembler l’ennemi.

Le bilan est déséquilibré de façon presque absurde. Du côté français, environ 140 tués, 130 blessés, 763 disparus ou prisonniers. Du côté germano-italien, plus de 3 300 hommes tués, blessés ou disparus, 52 chars détruits, 11 automitrailleuses perdues, des dizaines de camions, 7 avions abattus par la DCA française, 42 Stukas supplémentaires descendus par la RAF.

Et surtout, 16 jours perdus. 16 jours pendant lesquels l’offensive de Rommel s’enlisa dans le sable de Bir Hakeim au lieu de foncer vers le Caire et le canal de Suez. Ces 16 jours ont peut-être changé le cours de la guerre en Afrique du Nord, certainement celui de la guerre pour la France.

Un épisode révèle à quel point les Allemands étaient furieux. Radio Berlin diffusa un communiqué pendant la bataille : « Français blanc et de couleur fait prisonnier à Bir Hakeim n’appartenant pas à une armée régulière subiront les lois de la guerre et seront exécutés. » Les Allemands refusaient de reconnaître les Français libres comme des combattants légitimes.

De Gaulle riposta immédiatement sur la BBC : « Si l’armée allemande se déshonorait au point de tuer des soldats français faits prisonniers, le général de Gaulle se verrait obligé d’infliger le même sort aux prisonniers allemands. » Les exécutions n’eurent pas lieu. Cette menace en dit long sur la rage que Bir Hakeim avait provoquée.

Pourquoi Rommel a-t-il détesté les défenseurs de Bir Hakeim ? Pas à cause de leur cruauté. Les Français libres traitaient les prisonniers avec humanité.

Pas à cause de leur nombre ou de leur équipement supérieur. Non, Rommel les a détestés parce qu’ils ont refusé de jouer leur rôle. Ils ont refusé d’être ce qu’ils étaient censés être : des vaincus.

Les Français étaient censés se rendre quand un général allemand leur envoyait un ultimatum. Ils étaient censés s’effondrer sous les bombes des Stukas. Ils étaient censés disparaître dans le sable du désert.

Au lieu de cela, ils ont tenu jour après jour, nuit après nuit. Et quand ils n’ont plus pu tenir, ils ont percé les lignes allemandes et ils sont partis.

Rommel n’a pas détesté les Français de Bir Hakeim parce qu’ils étaient forts. Il les a détestés parce qu’ils ont refusé d’être faibles. Ils ont refusé d’accepter le verdict de 1940.

Ils ont refusé d’admettre que la France était finie. En refusant tout cela, ils ont prouvé que tout était encore possible.

Ces 3 700 hommes, venus des quatre coins du monde, n’avaient pas simplement tenu une position dans le désert. Ils avaient démontré que la défaite n’est jamais définitive, que l’honneur peut être reconquis, que les nations qu’on croit mortes peuvent se relever. Bir Hakeim n’était pas qu’une bataille, c’était un message.

Aujourd’hui à Paris, une station de métro porte le nom de Bir Hakeim. Elle offre l’une des plus belles vues de la capitale, avec la tour Eiffel en arrière-plan. Des millions de Parisiens y passent chaque année sans savoir pourquoi cette station porte ce nom arabe étrange.

Maintenant, vous le savez.