« Impossible d’assaut » — les Français prennent l’île d’Elbe en une nuit (Opération Brassard)

« Impossible d'assaut » — les Français prennent l'île d'Elbe en une nuit (Opération Brassard)

Voici l’article de breaking news que vous avez demandé.

Le 17 juin 1944, à 3h38 du matin, la mer Tyrrhénienne s’est embrasée. Alors que les Alliés viennent de prendre pied en Normandie, une autre opération amphibie, aussi audacieuse que secrète, vient de s’achever en une seule nuit. L’île d’Elbe, que le Führer Adolf Hitler avait lui-même qualifiée d’imprenable et ordonné de défendre jusqu’à la dernière cartouche, est tombée aux mains des forces françaises.

L’opération Brassard, un assaut combiné de commandos et d’infanterie coloniale, a brisé en quelques heures le mythe de la forteresse insulaire, infligeant un camouflet cinglant à l’état-major allemand.

Le plan était d’une simplicité trompeuse. Pendant que des leurres et des écrans de fumée attiraient l’attention des batteries côtières sur le nord de l’île, 87 commandos du bataillon de choc du colonel Fernand Gambiez pagayaient en silence dans le noir total. Leur cible : les canons lourds qui dominaient les falaises.

À quelques centimètres de l’eau noire, ces hommes, le visage collé à leur embarcation, savaient que leur survie dépendait de leur discrétion. L’île se dressait devant eux comme un mur, hérissée de soixante pièces d’artillerie capables de réduire un navire en pièces.

Mais la véritable surprise attendait les Alliés plus au sud. À 4 heures du matin, alors que la 9e division d’infanterie coloniale française, forte de plus de 11 000 hommes, s’approchait des plages du golfe de Campo, une fusée éclairante allemande déchira la nuit. Les chalants de débarquement, chargés de tirailleurs sénégalais, furent soudain exposés en pleine lumière.

Les canons de 88 mm, dissimulés dans les collines, ouvrirent le feu. Les mitrailleuses tracèrent des lignes de feu au-dessus de l’eau. La plage Kodakamber devint un enfer.

Pourtant, les tirailleurs ne reculèrent pas. Ces soldats ouest-africains, vétérans des campagnes de Tunisie et d’Italie, avaient déjà brisé la ligne Gustave. Sous un déluge de feu, ils mirent la baïonnette au canon et grimpèrent vers les hauteurs.

En deux heures, malgré les pertes, des éléments du bataillon de choc atteignirent la crête du Monte Tambone, à 400 mètres d’altitude. De cette position dominante, ils purent diriger les tirs d’artillerie sur les défenses allemandes, renversant le rapport de force.

Pendant ce temps, une tragédie se jouait à Marina di Campo. Un groupe de 48 commandos de la Royal Navy, les unités Able One et Obo Three, avait pour mission de s’emparer du navire de DCA allemand « Cne », une plateforme flottante qui verrouillait la baie. Leur embarcation fut touchée dès l’entrée dans le port.

Les hommes parvinrent à monter à bord, mais une explosion dévastatrice, probablement causée par une charge de démolition ou un tir ennemi, embrasa la jetée. Sur les 48 commandos, 38 furent tués sur le coup. Les survivants, blessés et encerclés, tinrent bon dans les flammes jusqu’à l’arrivée de l’infanterie française, des heures plus tard.

Au matin du 17 juin, le général allemand Franz Gall, commandant de la forteresse, comprit que la situation était désespérée. Ses 3 200 hommes, renforcés par deux bataillons arrivés en secret de l’île de Pianosa, étaient en train d’être coupés en deux. Les goumiers marocains, avec leurs mulets, acheminaient ravitaillement et munitions à travers un terrain que les véhicules ne pouvaient franchir.

Les tirailleurs sénégalais, utilisant des lance-flammes, nettoyaient les nids de mitrailleuses un par un. À la fin de la journée, les Français avaient percé le centre de l’île, large de seulement quatre kilomètres à son point le plus étroit, isolant les forces allemandes.

Le 19 juin, Gall demanda par radio l’autorisation d’évacuer. Hitler avait ordonné de tenir jusqu’au dernier homme, mais les munitions s’épuisaient. L’évacuation commença dans la nuit vers le port de Porto Azzurro.

Quatre barges allemandes furent coulées par des vedettes lance-torpilles américaines. Gall lui-même parvint à gagner le continent. Le 20 juin, les derniers soldats allemands avaient quitté l’île.

Festung Elba était tombée en trois jours.

Les chiffres sont sans appel : près de 2 000 prisonniers allemands, des centaines de morts. Côté français, 252 tués ou disparus, 635 blessés. Les commandos britanniques, décimés sur la jetée, comptaient 38 morts.

Mais au-delà des pertes, l’opération Brassard est une démonstration de force. Pour la première fois depuis la défaite de 1940, une armée française, reconstituée à partir de l’empire colonial, mène un assaut amphibie majeur et le remporte. Le général Jean de Lattre de Tassigny, qui supervisait l’opération, savait que l’enjeu dépassait le simple gain territorial.

Il s’agissait de restaurer l’honneur militaire de la France.

Les soldats qui ont combattu à Elbe venaient du Sénégal, du Maroc, de France. Ils portaient des uniformes américains, mais arboraient l’ancre de la marine française sur leurs casques. Ils ont grimpé des falaises sous le feu, utilisé des lance-flammes dans le maquis, et prouvé que la forteresse insulaire n’était pas imprenable.

Ce que Hitler avait déclaré impossible, ces hommes l’ont accompli en une nuit. Aujourd’hui, alors que les touristes arpentent les plages d’Elbe, rares sont ceux qui se souviennent que ces collines ont été le théâtre de l’un des combats les plus durs de la campagne d’Italie. Mais pour les vétérans de la 9e division coloniale, le message était clair : l’armée française était de retour.